« Faut etre c.. pour acheter une Renault | Page d'accueil | Guerre larvée »
30/03/2005
Nouvelle mystique : La Preuve
Voilà une autre nouvelle. Elle est un peu loufoque, je sais, mais j'aimerais savoir si ça passe ou pas
merci de vos commentaires, meme destructeurs - z
Bubulle était songeur. Tout autour de lui les autres profs prenaient leur place, presque toujours la même. L'affinité était la règle. Les profs de français avec les profs de langue, ceux de sciences avec les matheux. Les profs de gym, eux, se retrouvaient en bout de table : ce n'étaient pas des intellectuels!...
Et puis il y avait Bubulle. Personne n'aimait être à côté de Bubulle : Il n'avait sa place parmi eux : il dénotait! Son cursus et son histoire personnelle n'étaient pas standard. Et chez les enseignants, on n'aime pas les personnes hors normes. Les élèves hors norme, autrement dit, asociaux, étaient dans la norme. Mais les profs hors norme n'étaient pas dans ... la norme! C'était... incommodant!...
D'abord il avait commencé sa "carrière" en tant que "Frère". Il avait été touché par la foi. Mais il aimait aussi les sciences (et peu les gens). Il avait choisi l'ordre des Frères des Ecoles Chrétiennes, communément appelés, Frères Quatre-Bras, à cause de la curieuse toge qu'ils portaient, version officielle. Version officieuse, on disait que les enfants avaient vraiment l'impression qu'ils avaient quatre bras quand ceux_ci s'amusaient à tripatouiller leurs braguette.
Ce n'était pas la cas de Bubulle. Sa passion n'était pas l'enseignement "per se", mais les sciences, et les frères lui donnaient grande liberté à ce sujet.
Les maths, dans ces années étaient en plein bouillonnement sous l'influence du groupe "Bourbaki". Et Bubulle s'évertuait, sans grand succès, à communiquer la beauté de la théorie des ensembles à un groupe de Terminales. Celui-ci, malheureusement ne voyait qu'une chose : le BAC! Lui, de son côté, n'y voyait que logique, beauté et harmonie. Même un divin agencement!
Il était beaucoup plus fort en recherche qu'en enseignement. Il passait plus de temps à se perfectionner qu'à étudier la pédagogie. Celle-ci, pur fruit de 68, était aux antipodes de tout ce qu'ils croyait. Il était amoureux de l'ordre, à la recherche de l'harmonie divine et son âme ne pouvait accepter de tels principes.
Devant sa valeur montante en tant que mathématicien et descendante en tant qu'enseignant. L'archevêque le nomma à l'Université Catholique de L'Ouest. Là il aurait des étudiants très motivés. Il aurait peu de cours et beaucoup de temps pour ses recherches personnelles.
Ses publications étaient de plus en plus appréciées. On lui demandait même de faire des colloques. S'il aimait peu parler en public, il trouva un grand plaisir à exposer ses points de vues à un auditoire averti et à être compris immédiatement. Cela lui procurait beaucoup de plaisir, et s'apparentait même à la jouissance - du moins à l'idée qu'il s'en faisait...
Plusieurs fois, il avoua le péché d'orgueil à son confesseur, péché placé numéro un sur la liste des sept péchés capitaux. Mais à cela l'homme lui répondait par la parabole des talents. Seule la jouissance était à proscrire.
A quoi sert-il à un homme de conquérir le monde s'il vient à perdre son âme? Lui dit un jour celui-ci. Il lui conseilla de faire une espèce d'année sabbatique ou, tout en restant à l'université, il se retrouverait dans la peau d'un étudiant. Il pourra continuer à développer et à étendre ses talents tout en évitant l'orgueil.
Il choisit alors l'électronique, sciences en croissance exponentielle à l'époque et "terra" complètement "incognita".
C'est à ce moment qu'il eut "sa révélation" : Dans les circuits imprimés et me flux des électrons, il vit la preuve de l'existence de Dieu.
Il tint cette "révélation" dans le secret de son âme. Il n'y avait pas d'orgueil là dedans : cela lui avait été "révélé". A lui maintenant de le démontrer. Là, l'orgueil commençait à pointer le bout de son nez.
Mais son talent était d'être scientifique et il aimait prouver.
Il fit alors quelque chose qui surprit tout le monde : il prit des cours supplémentaires ... en théologie. Spécialement sur Saint Augustin. Ce qui le passionnait c'était les preuves métaphysiques de l'existence de Dieu. Il fallait bénéficier de l'expérience des Grands Anciens.
Et, malgré lui - il avait reçu un signe du Seigneur - une grande décision se fit dans son esprit : il allait, lui, Frère Pierre Boulier, (nom prédestiné!) surnommé Bubulle, trouver la preuve mathématique de l'existence de Dieu!
IL fallait utiliser les talents. Ne pas se servir du don de Dieu était en péché en soi.
Cela devint une obsession. Son apparence physique commença à changer. Tous les religieux s'habillaient en civil, en clergyman, comme on disait : il remit l'uniforme des Frères Quatre Bras. Prenant peu soin des besoins physiques de son corps, matérielle enveloppe de l'âme immortelle, il ne mangeait que quand il pouvait, que quand il en avait le temps. IL commença de plus en plus à flotter dans sa soutane tant il maigrissait. Son surnom devint Belphégor.
Voyant cela, le père supérieur le réintégra dans ses cours.
Après tout s'il était si fort en maths, ce ne pourrait être que bon pour l'université. On mettrait juste à ses cotés un autre prof, un assistant, plus conventionnel, qui réajusterait le tirs quand il partirait dans des concepts que peut être une dizaine de personnes au monde était en état de comprendre.
Le courrier qu'il recevait était pour le moins impressionnant, les lettres portaient toutes les noms d'universités prestigieuses comme Berkeley, Cambridge (Angleterre ET Massachussett, le fameux M.I.T.), UCLA, Princeton, Todai (Université de Tokyo), et même Pékin. Bubulle était quelqu'un, mais qu'est-ce qu'il mijotait?
Les autres profs de la fac ne pouvaient plus le suivre, et c'est pour cela qu'à l'heure des repas, au réfectoire, il était seul. Il était devenu l'ermite chercheur, l'ermite miteux aussi, son apparence physique se dégradait de plus en plus.
Il reçu donc l'ordre d'aller tous les jours au réfectoire, et ce, à chaque repas.
Donc ce midi, il était comme d'habitude, perdu dans des pensées dont personne n'aurait pu rien tirer, même Torquemada, le grand inquisiteur - qui ne les aurait certainement pas aimées.
Prouver l'existence mathématique était par le fait même détruire la foi. Une certitude est l'horreur pour un religieux. Jésus, lui même a douté! Alors si Bubulle apportait la preuve de l'existence de Dieu, il n'y aurait plus de place pour la foi!
Heureusement les Torquemada, s'ils étaient loin d'avoir disparu, opéraient dans d'autres domaines de la pensée.
Bubulle savait qu'il jouait avec le danger et qu'il pouvait détruire ou sérieusement secouer le monde entier, tout comme Galilée l'avait fait. Mais lui il n'abjurerait pas. Il savait qu'il était proche du but, très proche. Qu'il trouverait, débusquerait Dieu.
La serveuse était arrivé. Elle posa un grand plat sur la table et dit :
- Voilà, aujourd'hui c'est de la purée! Il n'y a que ça de vrai, hein mon père?
- Pour moi, railla un de ses collègues, la purée, en elle-même, est la preuve culinaire de l'existence de Dieu. Pourquoi aller plus loin? C'est un plat tellement parfait : du solide, du liquide et un fumet... ah! Mon Dieu, quelle trinité!
- Mouuuais grommela le Père, et il contempla le plat en face de lui.
Il tira tout à coup le plat vers lui et... le contempla... Mystiquement!... Les autres commençaient à lui jeter des regards de moins en moins de biais et de plus en plus intrigués.
Le liquide, le solide et le gaz (le fumet), les trois éléments... Mais bien sûr!
Trois, voilà où était la réponse. Il s'était toujours focussé sur un Dieu Unique. Mais même son Eglise parlait de Trinité. Elle avait pressentit la vérité. Trois! Voilà ou il fallait chercher.
Il déplaça son assiette sur le coté. Prit le plat de purée. Le lissa avec son couteau, et commença à écrire une ou deux équation en signes cabalistiques dessus. Il gravait sur purée comme les anciens assyriens gravaient sur les tables d'argile.
Il était tout agité! Les signes se firent de plus en plus petits sur la purée. Frustré, il regarda s'il y avait un autre plat autre part sur la table : il n'y en avait pas!
Alors, devant l'ensemble des profs, médusés, il prit le plat et se dirigea d'un pas convaincu vers la classe la plus proche, celle ou il y avait un très grand tableau.
Passé le choc, l'ensemble des confrères parti d'un grand éclat de rire. Et les plaisanteries fusaient :
- Vous vous rendez compte? Si cela avait été des petits pois comme hier, il les aurait tous pris et les aurait alignés un à un pour écrire ses symboles.
En fait ils n'étaient pas si mécontents que la purée soit disparue. Elle était notoirement mauvaise, toute faite, du genre Mousseline, mais en moins cher et en plus chimique.
Et puis surtout ils auraient quelque chose à raconter ce soir à leur épouse et à leurs gosses.
Tout à coup une grosse explosion brisa tous les carreaux de la salle. Les profs sortirent et virent une fumée noire qui passait par la fenêtre de la salle de classe ou s'était dirigé Bubulle.
Ils se précipitèrent vers la salle de classe. Devant la porte, il y avait un étudiant hébété, le jean déchiré, la chemise ensanglantée et les yeux exorbités.
Ils entrèrent dans la salle. Le corps du Frère Boulier, gisait, carbonisé (Il était redevenu le Frère Boulier : on n'appelle pas un cadavre Bubulle). Le bureau était entièrement fondu et le tableau carbonisé et éclaté en charpies.
- Une bombe! quelqu'un a mis une bombe!
- Non, dit la voix faiblarde de l'étudiant, c'était la foudre, j'en ai déjà vu, c'était la foudre.
- La foudre! Avec ce ciel bleu, ce n'est pas possible!
- C'était une boule de feu. Je sais ce que je dis, c'était la foudre.
- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé?
- Il est arrivé tout excité avec son plat de purée. Moi ça m' d'abord fait rigoler, mais je suis habitué aux fantaisies de Bubulle...euh... je veux dire du Frère Boulier.
L'étudiant repris son souffle :
- Et puis, j'étais dans la classe je préparais mon exposé, que je devais faire avec lui, d'ailleurs, sur la théorie unitaire d'Einstein et son échec, quand il est arrivé comme un fou avec ce foutu plat. Comme je vous l'ai dit, j'ai juste souris. Il a posé le plat sur le bureau puis à copié ce qu'il avait écrit dessus. Il s'est reculé, m'a regardé et il m'a dit :
- Mon petit Kévin, je vais continuer ces équations. Si dans cinq minutes j'arrive à Δ = 3 = 1, j'aurais gagné, j'aurais enfin prouvé l'existence de Dieu.
- J'ai un peu rigolé, mais je l'ai regardé faire. Avec lui, on en avait vu d'autres.
- Il écrivait ses équations comme un fou, et puis tout à coup il a crié vers moi et m'a dit : "Regarde!".
- Il s'est mis alors à écrite très lentement. On aurait dit qu'il avait une extase. Sa main allait si précautionneusement sur le tableau qu'on avait dit l'impression qu'il allait graver et puis je l'ai vu et sa main à tracé :
Δ = 3 = 1
- C'est à ce moment que la foudre est arrivé, l'a transpercé, à tout brûlé, lui, la table, la purée et le tableau.
- Tu as vu ce qu'il y avait d'écrit sur le tableau
- Non, je n'ai pas regardé. De toute manière ces trucs à lui, on n'y comprenait rien.
Silence. Chacun se demandait si tout compte fait le vieux fou n'avait pas raison, il aurait donc réussi. mais comme on était entre gens rationnels, personne n'a osé dire quoi que ce soit. Sauf au but d'un certain temps son assistant qui prononça ces mots.
- Si on n'arrive pas à expliquer cette foudre ou à trouver un énorme court circuit quelque part, c'est, au mieux, du "Fermat revisité".*
- Mais ce n'est pas le théorème qui à tué Fermat!
- Exact! C'est pour ça que j'ai dit " au mieux".
________
* Fermat : Célèbre mathématicien qui coucha sur le papier quelques mot disant qu’il était très facile de prouver ce qui plus tard deviendrait le fameux théorème de Fermat qu’à l’heure actuelle personne n’a pu démontrer. Quelques heures après avoir pris ces notes, il se battit en duel et fut tué.
21:45 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note




Commentaires
Pas mal du tout ce petit conte. Un autre ! Un autre ! Un autre !
Ecrit par : Pharamond | 30/03/2005
Juste pour faire un peu le chieur : Fermat est mort de sa belle mort. Le mathématicien de génie qui mourut en duel est Evariste Galois (vers 1825). Quant au théorème de Fermat, il a été démontré il y a environ 10 ans, mais avec des outils mathématiques que Fermat n'avait pas.
Ecrit par : schleuder | 30/03/2005
J'ai bien peur que tu aies raison!
Je n'ai plus qu'à trouver une autre chute!
Merci
z
Ecrit par : zorglub | 31/03/2005
Bon! ça va! J'ai trouvé trois autres possibilité pour terminer le texte, mais il va falloir que j'en choississe une seule... et je n'aime pas ça!
D'habitude quand j'écris un truc, je connais le début et je connais la fin. Le reste s'écrit, hmmm, tout seul, si je puis dire ( je n'ai pas dit sans effort quand meme!...)
Choisir une fin, choisir une fin... je vais encore passer une nuit difficile. LE bon coté des choses c'est que je ne vais pas penser aux emmerdes qui m'attendent demain!
Vive Dieu!
Vive Schleuder!
Dans cet ordre, parce que Dieu est quand meme un assez sale type...
Ecrit par : z | 31/03/2005
D'un autre côté, cela n'enlève rien à la saveur de ton histoire. Et puis on ne va pas réécrire tous les livres sous prétexte qu'on a découvert ou inventé d'autres trucs plus tard.
Ecrit par : Schleuder | 31/03/2005
Pas mal :)
J´ai juste une petite remarque à formuler: il y a des longueurs descriptives inutiles et au contraire des articulations entre séquences qui mériteraient d´être étoffées. Quelque chose qui donnerait plus d´homogénéité et de continuité. Voila. Mais bon, mon avis n´est que celui d´un misérable bloggeur, le mieux est de s´adresser à des littéreux authentiques. Bien à vous, cher ami.
Ecrit par : fromageplus | 31/03/2005
Les commentaires sont fermés.