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09/05/2005
Nouvelle : La chanson des 2 amants
Kevin était un « emploi jeune », affecté comme aide à la police municipale de Paris. Il était à l'arrière de la voiture, derrière les lieutenants Duroc et Ménestrel - Ce nom l'avait toujours fait marrer, le personnage moins. Il était loin d'être "baisant" lui avait affirmé Duroc en "a-parte".
Ménestrel s'appelait en réalité Ménestrier. Le surnom lui était venu à cause de son amour immodéré pour la chansonnette. Il ne pouvait s'empêcher de chantonner quand il conduisait, et c'était le cas aujourd'hui.
- C'est la nouvelle lune, on va vers le cimetière du Père Lachaise.
- Pourquoi le "Père Lachaise" avait demandé Kevin?
Tu verras petit et peut-être même que tu entendras...
Duroc avait haussé les épaules...
La voiture blanche et rouge, avec le mot « Police » écrit en inversé avait le don de ramener le calme dans les rues chaudes du quartier de la Bastille, la rue des Roquette, les environs du "Bal à Jo". Mais là, aux alentours du cimetière, nul besoin d'apporter l'apaisement : Le calme était omniprésent!... Ce qui ne voulait pas dire qu'il n'y avait personne.
C'était une nuit de nouvelle lune. Seuls quelques réverbères fantomatiques éclairaient l'entourage du cimetière du "Père Lachaise".
De nombreuses ombres erraient le long des murs de la nécropole. Certaines marchaient, d'autres étaient adossées au mur ou alors appuyées aux réverbères.
- Ouh là, ça sent le "junkie" tout ça! On fait une descente?
- Non! Attends un peu, petit, de toute manière on ne trouvera rien.
- Avec une bonne fouille ça m'étonnerait.
- Sous quel prétexte? Tu vois un revendeur toi?
- Heu... tiens, non, c'est bizarre...
- Oui, c'est bizarre, et c'est comme ça tous les soirs... Enfin, tous ces genres de soirs. Tu vois, ils nous ont vus et ils ne se barrent même pas. Tu penses bien que s'ils avaient quelque chose sur eux, il y a longtemps qu'ils auraient mis les bouts, non?
- Heu... si!
- Laisse tomber! Lui dit Duroc en se retournant vers lui. Ménestrel a raison. Tu ne trouveras rien. Toutes les nouvelles lunes, c'est comme ça. Quant à savoir pourquoi, c'est une autre question... Officiellement. Mais Ménestrel, il sait pourquoi? Hein, Ménestrel, dis-lui, peut-être qu'il comprendra le jeunot, moi...
- Duroc est un joueur de foot et de belote, mais ne t'y trompes pas. Il comprend, sous ses airs de brutes, sa musique à lui, c'est le planant, le "New Age"? Enyia quoi! Tu vois le genre... Mais toi, dis-moi, tu aimes la musique, non?
"Oui!" dit Kevin, dans un soupir.
Il s'était mis depuis quelques temps à la composition sur ordinateur : Il n'avait jamais pu jouer parfaitement d'un instrument, n'avait jamais pu former un groupe. Quand il avait essayé, il n'avait jamais réussi à leur faire faire ce qu'il voulait. Il n'arrivait pas à exprimer ce qu'il voulait. Il aurait aimé étudier la musique à l'école, et puis, plus tard, faire de la musicologie, pour devenir compositeur.
Mais tout ce qu'il avait appris, c'était à jouer du couteau - il était d'ailleurs très doué, ce qui lui avait valu cet emploi jeune à la police : il savait se défendre.
- Tu sais, moi aussi j'aime la musique. Tiens en 68 je jouais avec le fils de Boris Vian. On avait un groupe qui s'appelait "Red Noise", c'était pas mal...
- Oui, et monsieur envoyait des pavés sur la police avant de rentrer dedans... Je vous demande un peu, ajouta Duroc. Enfin, il faut de tout pour faire un monde...
- Ouais, tu dis ça parce que tu étais trop vieux pour être là en 68. Toi en 65 tu étais à Katmandou : Môssieu n'a jamais été un Hyppie, lui, Môssieu était un Beatnick, tu vois la différence... Sa bible à lui, c'était Kerouac, mais tout ça tu connais pas, hein,Kevin?
- Et vous êtes tous les deux des Keufs, maintenant?
- Ben oui! Les chemin de Dieu sont impénétrables. Tout ça c'est une question de "Karma". Et puis, il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis. Et nous on n’est pas cons!
- Et vous pouvez me dire ce que vous faites là, maintenant, autour du Père Lachaise?
Duroc, ne dit rien, mit son clignotant et se gara le long du trottoir, éteignit tous les feux :
-
Maintenant silence! Tu tu détends et tu écoutes, ou tu sens... enfin tu fais ce que tu veux ou ce que tu peux. On verra si tu es aussi con que tu en as l'air. Peut-être qu'on peut faire quelque chose d'un jeune comme toi, après tout...
Un calme anormal régnait autour du cimetière. Les formes humaines ne vaquaient plus. Elles restaient assises contre le mur ou adossées. Elles s'étaient éloignées des réverbères, s’étaient mises dans l'ombre. Tout comme la voiture de la police.
Le vent bruissait dans les arbres. Les cimes allaient et venaient à un rythme lancinant. Une longue plainte semblait émerger du bas de leur tronc que l'on ne pouvait voir, évidemment. Et puis, doucement, lentement, infiniment modulée, émergea une mélodie. Imperceptible d'abord, sensible ensuite. Elle venait du coin droit de la nécropole. C'était un mot, des mots d'amour, c'était un hymne : Les arbres chantaient Piaf!
Si un jour la vie t'arrache à moi
Si tu meurs que tu sois loin de moi
Peu m'importe si tu m'aimes
Car moi je mourrais aussi
Nous aurons pour nous l'éternité
Dans le bleu de toute l'immensité
Dans le ciel plus de problèmes
Mon amour crois tu qu'on s'aime
Dieu réunit ceux qui s'aiment
Et puis sur la droite, une autre voix s'élevait... d'autres troncs... d'autres arbres.
Hello, I love you
Won't you tell me your name?
Hello, I love you
Let me jump in your game
Hello, I love you
Won't you tell me your name?
Hello, I love you
Let me jump in your game
- Jim Morrison, c'est Jim Morrison! Vous entendez, les mecs?
- Oui on entend et on est même surpris que tu connaisses. Tu as reconnu l'autre aussi?
- Oui, c'est Piaf!
- Exact, mec, c'est Piaf, la grande Piaf et le grand Jim, et ils se cherchent. C'est comme ça toutes les nuits de nouvelle lune.
- Mais c'est dingue, ce truc, c'est géant! Qu'est-ce qu'ils ont en commun ces deux là.
- La musique, mon gars... et puis l'héroïne... l'héroïne. Moi aussi, Duroc aussi, tous les autres mecs autour aussi. Toi aussi, soit dit en passant. On n'en a plus besoin, surtout quand on vient ici une fois par mois. C'est pour ça que tu ne trouveras pas de dealers ici.
Et Duroc ajouta dans un soupir :
Dieu réunit ceux qui s'aiment
22:49 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
C'est parmi ce que vous avez écrit de mieux. J'ai bien aimé.
Ecrit par : all_zebest | 11/05/2005
Schleuder -> Merci de ton appréciation! ca fait toujours autant plaisir.
Pour la nuit dans les cimetières, il vaut mieux attendre la pleine lune.
all_zebest -> Merci! je suis un peu surpris de votre préférence. C'est vrai que c'est la seule où j'utilise des dialogues...
Ecrit par : zorglub | 12/05/2005
Pardon, Schleuder, en voulant supprimer le doublon, j'ai effacé par mégarde la bonne note et laissé la mauvaise. J'ai essayé de corriger ma bévue ensuite. J'espère que je n'ai pas fait d'erreur
Ecrit par : zorglub | 12/05/2005
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