29/06/2005
Nouvelle : Ce soir 1
Ce soit allait être le soir, cette nuit allait être la nuit!
L'O.L., l'Office Lady, serait ma Lady!
Je ne me souviens plus quel prétexte j'avais trouvé pour la faire venir chez moi, il était complètement bidon et elle le savait aussi bien que moi.
Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, a dit le Poète (Omar Kayam). (Musset) *
Qu'importe le prétexte pourvu qu'on ait le sexe, a dit l'Arpette (Moi).
Ça faisait longtemps que j'avais envie d'elle, plus d'un an en fait. Cela ne faisait que six mois que je savais que ce désir était partagé. La période d'observation avait été longue, patiente, faite de regards qui s'appuyaient une demi-seconde de plus que le nécessaire, frôlement d'étoffe d'abord, et de peau ensuite. C’était quand on se passait une gomme ou un crayon, un document ou un classeur.
Cela me faisait une raison de plus pour détester les samedis, dimanches et tous les jours de congés (nombreux!) que l'on peut avoir au Japon : ces jours-là étaient des jours "sans". Dès mon arrivée à la "kaïsha" (compagnie), je jetais un coup d'oeil à son bureau. Elle était là, penchée sur ses papiers, son regard ne déviait pas d'un pouce, mais un certain raidissement de son corps m'indiquait qu'elle connaissait ma présence. Son visage se faisait plus absorbé par son travail, ses reins se creusaient un peu plus : Sa croupe se mettait en valeur.
Seules les deux plus nobles conquêtes de l'homme, à savoir le cheval et la femme, possèdent une croupe digne de ce nom. Si les chevaux me laissent de bois (normal!), il n'en est pas de même pour la gent féminine dont l'arrière-train est certainement ce que je trouve le plus attirant. Les poitrines opulentes me font penser au pis des vaches laitières et qui, d'entre nous, les hommes, a déjà trouvé du charme à une vache? Les Américains en général, et les Texans en particulier, me rétorquera-t-on. Par contre nul ne niera l'altière beauté et la digne élégance des formes de nos fidèles destriers!
On dit que “bon chien chasse de race” et l’O.L. était racée. Qui des deux avait jeté le grappin sur l'autre? Peut-être pas celui que l'on pense. Le fait est que dès que je l'avais aperçue, j'avais été fasciné, obnubilé, un peu comme le lapin l'est par le serpent. Je n'en dormais plus, je n'en mangeais plus.
Une suite romantique à ces lignes voudrait que je dise : je n'en baisais plus... La plus profonde honnêteté m'oblige à dire que ce n'est pas vrai... ou du moins fortement exagéré. En fait, je dormais mal, mangeais mal, et... baisais aussi mal que peu souvent.
Je n'étais pas à ce que je faisais. Son image partout me suivait, me poursuivait. Si par les hasards d'une soirée mouvementée, je me soulevais une autre Nippone qui lui ressemblait vaguement, je cherchais les courbes de son corps à elle, la douceur de sa peau, la flagrance de ses cheveux, la coupe de ses seins, la plénitude de ses fesses, le rêche de sa toison, le salé de sa sueur, l'aigu et le rauque de ses cris.
Je n'étais pas à ce que je faisais.
Je ne faisais pas ce que j'étais.
(A suivre...)
* Correction faite grâce à une remarque de "solo"
00:50 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note




Commentaires
Bonsoir.
Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse,
n'est-ce pas de Musset ?
Ecrit par : Solo | 29/06/2005
Bon, c'est pas tout ça, mais il faut que je corrige.
... mais j'aurais quand meme préféré que ce soit Omar Kayam. Quant à la parole de l'Arpette, je garantis la source!
Ecrit par : zorglub l'ignare | 29/06/2005
Une petite histoire d'amour pour un retour, c'est bon...
Ecrit par : schleuder | 29/06/2005
La "kaisha", c'est pour faire plus exotique ?
Très bien commencé, ce texte. (Je vous avouerai que je ne suis pas très intéressé par les derrières. J'ai toujours préféré les nibards)... Bonne suite !
Ecrit par : all_zebest | 01/07/2005
Le mot Kaisha, je l'ai utlisé naturellement parce que c'est le mot que j'employais là-bas, meme quand je parlais en français ou en anglais. L'univers de la "kaisha" est quand meme bien différent de celui d'une "compagnie". Alller au bureau et aller à la kaisha, ce n'est pas la meme chose. Il va falloir que je relise Amelie Nothomb pour voir ce qu'elle dit, bien que j'aie une opinion très partagée sur son "expérience" au Japon.
quant aux attraits féminins, je suis très heureux que nous n'ayons pas les memes goûts, nous ne draguerons pas les memes filles...
z
Ecrit par : zorglub | 03/07/2005
Si vous allez par là, les Japonais n'ont pas les mêmes usages par rapport au train, alors doit-on les appeler "densha" ? Et les vélo, des "jitensha".
ex. : "Ce matin, Noriko monta sur sa jitensha pour aller à la kaisha, son keitai en main. Passant devant des surotto, elle se rappela qu'elle ne s'était pas asonda avec ses tomodachi depuis... hisahiburi. C'était un peu taihen, sa seikatsu, saikin, mais elle faisait gaman, comme minna."
Bien à vous, et à bientôt ;-)
Ecrit par : all_zebest | 04/07/2005
all_za_besto, cyotto... vous en faites un peu trop!
Mais bon, j'ai compris le message, mais je " stick to my guns", une kaisha, c'est une kaisha, na!
Et puis c'est comme un " homme à la tête de fugu" ça sonne mieux, mais surtout je vois ce que c'est. Je n'en dirais pas tant si j'avais lu " l'homme à la tête de poisson lune / globe" :-)
Bon parlons sérieusement, j'ai me suis réécrit le texte avec bureau ou compagnie à la place du mot Kaisha... et ça ne passe pas... enfin pour moi. IL y a bien le mot boîte... mais ce n'est pas ça non plus.
Merci de m'avoir signalé ça. Pour l'instant je n'ai pas trouvé de solution. Il va peut etre falloir réécrire le § de manière à éviter le problème. Je n'ai pas envie de faire un périphrase ce qui rendrait le texte lourd.
Par exemple je ne voudrais pas faire qqch comme romain slocombe dans son bouquin : "Averse d'automne" (serie noire _ gallimard) qui, soit dit en passant, parle indirectement du fameux colonel Ishii et du régiment 731.
Je tremble un peu à l'idée des commentaires que vous allez faire sur la suite de " ce soir", mais je vous gênez pas, ils sont les bien venus!
Merci
PS : je ne recommande PAS " averse d'automne"
Ecrit par : zorglub | 05/07/2005
"L'homme à la tête de fugu" apparaît dans un dialogue, ce qui est très différent du style du narrateur. En outre, c'est une expression que j'ai souvent entendue. Lorsque la traduction du mot n'existe pas, ou qu'elle est trop savante ("tétrodon", par exemple), je garde le mot japonais, mais je mets le plus souvent une note de bas de page. Mais tout ça n'a pas d'importance. J'y suis allé un peu fort, excusez-moi. Ne sentez aucune pression de ma part.
Ecrit par : all_zebest | 06/07/2005
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