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03/07/2005

Nouvelle : Ce soir 2



Je n'étais pas à ce que je faisais.
Je ne faisais pas ce que j'étais.

(Suite ----->)


Pourtant ma vie, je l’aimais... avant! Enfin presque toute ma vie, car il faut bien dire qu’il y a des zones d’ombre.


On dit que l'homme est un loup pour l'homme, et c'est ce que j'étais : Gaïjin, j'étais un loup pour les Gajïn. Un Gaîjin, au Japon, est un étranger, un blanc. Dans ces années nous étions assez peu. En général nous gagnions assez bien notre vie, et pour certains – dont moi – c'est un doux euphémisme.


Le Gaïjin a tout pour être heureux, mais il ne l'est pas : Il est un étranger et restera toujours un étranger, même s'il passe toute sa vie au Japon! Et à la fin cela le fatigue... Il gagne, il amasse, mais en fait, il ne rêve que d'une seule chose : le retour au Pays. Et pour ça, il a besoin de fonds, car la retraite japonaise ne le couvre pas. En plus il est impossible de passer ses dernières années au Japon. Nous sommes tolérés tant que nous travaillons, mais une fois que nous n'avons plus d'utilité : Adieu le visa! Alors il vaut mieux préparer « le retour ».



Et moi, j'étais le démarcheur en assurances, placeur en fonds de pension, conseiller en investissements pour Gaijin en détresse, miroiteur de retour dans la mère patrie (qui nous avait oubliés,) j'étais un pousseur de rêves pour déprimés.


En général, les proies étaient faciles. Très faciles. En fait elles demandaient à se faire dévorer. C'était mon métier. Je n'en étais pas toujours fier, mais c'était mon métier : il y a bien des huissiers!


D'habitude ce que je faisais me branchait énormément. J'aimais mes proies, les plus faciles comme les plus difficiles – elles rapportent plus... Mais je ne sais pas ce qui m'arrivait : je n'avais plus envie de partir en chasse, ni même de me planquer à l'affût.


Plus rien ne me motivait.

Je ne vivais plus que pour aller au bureau... et y rester. Le moindre Expat comme le plus gros pigeon ne me faisaient plus bander. Seule, elle, y parvenait.

Il y a deux citations de Corneille dont je me souviens très bien. La première est :
« Ô rage, Ô désespoir, Ô vieillesse ennemie »

La deuxième est bien sûr:
« Et le désir s'accroît quand les faits se reculent. »



Tout cancre qui se respecte connaît ces deux vers, le premier parce qu’on nous les a inculqués à coup de pieds dans le cul, le deuxième parce qu’on ne pensait qu’au cul, justement. Soit dit en passant il est plutôt marrant qu’aucun de nos maîtres ne nous ait fait comprendre pourquoi le dit vers était beau. Voilà comment on formait la jeunesse, en leur apprenant les affres d’un homme vieillissant... et il y en a qui s’étonne que la France ne soit pas un pays dynamique et qui ne regarde avec amour que son passé.

Bon, je m’égare... A ce moment j’étais au Japon et ce qui m’intéressait, c’était une Japonaise... Cette Japonaise! Pourtant, je crois que c’est à ce moment, et à ce moment uniquement, qu’un passage de la littérature publique, laïque et obligatoire m’ est revenu à l’esprit.

Je veux, bien entendu, parler de la deuxième citation. Pour la première, j’avais encore le temps.

« Et le désir s'accroît quand les faits se reculent. »

Mes chers profs que c’est vrai! Mais vous me parliez d’hémistiches et moi, maintenant je parle « hémisphères » : Les siens! Vous parliez aussi parfois de serpents qui sifflaient sur nos têtes. Le mien à moi de serpent, c’est pas sur ma tête qu’il sifflait, mais bien dans un endroit que l’ « Art » couvrait d’une feuille de vigne.

« Et le désir s'accroît quand les faits se reculent »

Ces faits qui n’étaient pas accomplis, et contrairement à l’expression consacrée, j’étais loin de m’en retrouver devant et encore moins derrière.

Bon, encore une fois, la bienséance voudrait que je vous dise que je me morfondais (c’est en partie vrai), que je la guettais (c’est toujours vrai) et que je faisais tout pour me trouver sur son chemin, toujours espérant créer “l’occasion” (rigoureusement vrai) mais de la à affirmer que je ne faisais qu’attendre...

Les faits ne reculaient pas, ils restaient à distance! Ce n’était pas refus, ce n’était pas acceptation, mais pour moi promesse de fesses!

Je les imaginais donc. Je chassais aux aguets c’est à dire que je tombais tout ce qui me passais sous la main (quand je dis la main...).


C’était une erreur! En me repaissant de ses homologues c’est toujours elle que je cherchais. Soigner le mal par le mal ou le mâle par le mal ne marche pas toujours : Les Japonaises ne faisaient qu’exacerber mon désir de “La Japonaise”.

En attendant je décidai d’aller sur d’autres terrains de chasse et à Tokyo il en est un très giboyeux : le monde Gaijin! J’allais donc écumer ma caste.

(A suivre)

Commentaires

Juste une petite chose... Le vers de Corneille s'écrit plutôt
"Et le désir s'accroît quand l'effet se recule". C'est plus logique que "les faits", non ?

Ecrit par : Polyphème | 07/08/2005

Exact! J'étais un cancre à l'école, que voulez-vous!
Il va falloir que je remodifie mon texte. Merci bcp de me l'avoir signalé. Si vous en trouvez d'autres - et il doit y en avoir - merci de me les signaler.

Je vais replonger sur ma copie.

Ecrit par : Zorglub | 07/08/2005

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