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05/07/2005
Nouvelle : Ce soir 3
En attendant je décidai d’aller sur d’autres terrains de chasse et à Tokyo il en est un très giboyeux : le monde Gaijin! J’allais donc écumer ma caste.
(suite--->)
Blanc et Français de surcroît -je ne suis même pas Américain-, je suis le Gaijin type, l’Etranger, le “non-Japonais”.
Nous somme peu. Surtout concentrés dans les grandes villes comme Tokyo ou Osaka, nous sommes en majorité des hommes. La femme Gaijin est assez rare et très esseulée. La grande fraye permanente qu’est le Japon la laisse un peu de côté. Les meutes de mâles autochtones n’osent l’aborder. Elle leur fait peur car blonde, grande et poitrineuse, elle représente souvent pour eux un idéal de beauté physique à laquelle ils craignent de se mesurer. Le mâle Gaijin, chasseur solitaire, préfère la proie locale qui a la réputation d’être douce tendre et soumise.
Dans toutes les jungles vit un mythe, celui (*) de la paix du crépuscule, l’heure où les animaux vont boire. C’est pourtant à ce moment que la proie est la moins méfiante. Mais dans les affaires humaines, surtout celles de coeur et de cul, on ne sait jamais vraiment qui est le chasseur et qui est le chassé. C’est donc dans les bars des grands hôtels internationaux que j’allais chasser en fin de journée. J’irai m’abreuver ( d'alcool) autre part et plus tard.
Repaire des hommes d’affaires internationaux, la faune y est celle de deux espèces différentes qui s’observent et sont obligés de composer : les “business man” japonais et Gaijin.
Ils ne sont pas en paix, ils ne sont pas calmes, ils ne sont pas détendus : il y a « le contrat »! La trêve du crépuscule, tu parles! Chacun s’épie, se guette. On sait que c’est à ce moment que tombera “l’information”, le détail qui changera tout. Alors on rit et on sourit. Il faut endormir la méfiance. On sourit mais en fait on montre les dents. Amusant que l’être humain soit le seul animal qui sorte ses crocs en signe d’amitié!...
Je ne suis pas là pour ces gens. Je suis là pour moi, je suis là pour les solitaires. Ils sont nombreux à être solitaires, je le sais, mais ils ne se montrent pas : ils ne savent pas que faire et encore moins comment le faire. Ils sont seuls dans leur chambre d’hôtel, ils regardent CNN, ils veulent entendre de l’anglais, ils veulent quelque chose qui les raccroche au monde qu’ils connaissent.
Ici, ils n’ont pas les clés.
Moi, j’attends. Je suis au bar. J’ai commandé un “Hi Sawa”. Le garçon m’a regardé d’un air surpris. Il faut dire que c’est une boisson « popu », de celles que l’on s’envoie sans modération dans tous les petits bars et bouges, légions ici! Il y en a même dans les distributeurs automatiques qui fleurissent au bas des buildings comme les boutons d’acné sur la figure d’un ado. Visiblement ici on n’a pas l’habitude de servir du “Hi Sawa”! Ici, on est plutôt 12 ans d’âge! En regardant le bar, je ne vois même pas de bouteille de saké!
Si j’avais été Japonais, il me l’aurait refusé. Ici c’est le bar de l’Impérial Hotel! Mais je suis un Gaijin et je suis habillé comme un Gaijin client. Le larbin habillé en pingouin disparaît du comptoir après avoir glissé quelques mots à son collègue. Il revient un peu plus tard, avec un “can” de “Hi Sawa” que, visiblement, il a été cherché au distributeur le plus proche. Il est un peu embêté pour choisir le verre, car le cas n’est pas prévu. Il opte finalement pour un grand verre à bourbon comme l’aiment les Américains.
Il y en quand même de sacré avantages à être Gaijin, ici! Un “Hi Sawa” au bar de l’Imperial Hotel!
En posant le verre devant moi, le “waiter” se permet un :
- Okyaku sama wa, nihon wa nagai desuka?
- 10 ans! Ça fait dix ans que je suis au Japon.
- Nihon go wa jozu des ne.
- Non! Je ne parle pas si bien que ça.
Voilà, l'échange traditionnel avec le Gaijin s’est déroulé conformément aux normes établies. Je vais donc être maintenant tranquille au bar. Mais les garçons vont se méfier de ce qu’ils diront devant moi. Un Gaijin qui parle le japonais, c’est bizarre!
J’ai à peine le temps d’allumer une “Seven Star”, cigarette locale, qu’une voix féminine, derrière moi, me tire d’une rêverie que je n’avais même pas commencée.
- Excuse-me, may I interrupt you?
- Sure! What can I do for you?
A suivre....
* = merci à All_zebest
11:05 Publié dans Japon, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
C'est marrant, votre dialogue du bar. Les questions sont en japonais, et les réponses en français. Ne serait-il pas plus vraisemblable de tout mettre dans les deux langues (le japonais, pour faire couleur locale, et le français pour le sens) ou carrément s'en tenir au français. Parce que là, ça fait bizarre.
Sinon, à part ça dans "vit un mythe, celle de", y'a pas un petit quelque chose qui cloche deshô ka ? ;-)
Sinon, j'attends la suite.
Entre parenthèses, les Japonais savent que nous, les hommes étrangers (il y a aussi des Noirs parmi les gaijins, vous les oubliez), nous sommes tous des obsédés. Et j'ajoute qu'il y a aussi beaucoup de profiteurs, qui n'en ont rien à faire du respect pour une culture et un peuple.
Comment vous positionnez-vous par rapport à ça ?
A bientôt, bien à vous.
Ecrit par : all_zebest | 06/07/2005
IL y a effectivement qqch qui cloche et je vais y remédier - merci de l'avoir signalé, c'était devant mes yeux et je ne l'avais pas vu.
Pour le dialogue, ce coup-là, c'était pour faire couleur locale. La réponse en français faisant que l'on n'avait pas besoin de comprendre le japonais. Il va falloir que j'y repense, mettre les deux, ou jouer avec les italiques... je ne sais pas encore. On verra avec un peu de recul.
C'est vrai que quand je parle de Gaïjin, je ne parle que de blancs, mais quand j'y étais - jusqu'en 96, il n'y avait quasiment pas de Noirs, sauf parfois les soldats de US navy. J'ai entendu dire que les choses avaient évolué, surtout du côté de Roppongi, mais c'est qqch que je n'ai pas vécu. Je préfère donc ne pas en parler.
Des profiteurs j'en ai pas mal connu. Il y avait un truc que l'on appelait le Gaijin Express qui consistait, sur les lignes de train, à prendre deux "pass", chacun pour la plus courte distance possible entre sa gare de départ et sa gare d'arrivée. On entrait avec un pass et on ressortait avec un autre. Nul doute que l'electronique aidant ce genre de chose a dû disparaître... remplacé par qqch d'autre...
Oui, je suis d'accord, il y a bcp de gaijin qui profitaient honteusement de la situation et qui n'avait aucun respect pour le peuple qui les hébergeait.
Par contre que les Japonais considèrent les autres comme des obsédés sexuels me fait doucement rigoler, il suffit de voir les mangas japonais, le lolicon omnipresent parmi les salaryman, la prostitution juvenile, les messageries roses, etc.... J'allais oublier le "love hotel", j'en passe et des meilleures.
Ecrit par : zorglub | 07/07/2005
Merci pour vos remerciements, c'est extrêmement scrupuleux de votre part. J'attends la suite de la nouvelle avec impatience.
Ecrit par : all_zebest | 10/07/2005
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