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23/07/2005

Nouvelle : Ce soir 7

J’en reviens donc au début de mon histoire : cette nuit serait “la nuit”.
L’O.L., l’Office Lady, serait ma Lady.

(suite--->)

Et elle est arrivée, bien à l’heure, comme il se doit. Les deux petits coups de sonnettes à la porte d’entrée, comme le font tous ceux qui sont habitués à une maison : Un signe? C’est pourtant la première fois qu’elle vient ici?

J’ouvre la porte et on enfile les formules de politesse ( Dieu que j’ai envie de me l’enfiler, elle). Elle est belle à ravir : De longs cheveux noirs geai entourent son visage aux hautes pommettes et mettent en valeur ses yeux très bridés, des fentes, qui remontent vers le haut du visage, un peu comme les femmes des estampes d’Utamaro, ce que les Japonais appellent des “Kitsune me” _ des yeux de renard.

Elle est habillée, comme d’habitude, avec son uniforme d’O.L : Corsage blanc, jupe et veste bleu marine, chaussures noires, mais un peu plus hautes que le veut l’usage. Sa silhouette n’en est que plus élancée. La normalité sexy!

Dieu qu’elle est belle! Et ce sourire, ce sourire... Je me damnerais pour un sourire, un beau sourire. Le sien est magnifique, je suis condamné.

Mais la première fausse note arrive, et pourtant je savais qu’elle allait arriver.

Chaque maison japonaise a une entrée que l’on appelle “genkan”. Là, on retire ses chaussures et on monte une marche pour rentrer dans la maison, après avoir enfilé des savates : J’ai horreur des savates, chaussons, mules, etc.

Elevé en France, c’est pour moi le symbole même de tout ce que peut avoir de détestable une maison. Le fait surtout de ne pas être une maison. On devrait être bien dans une maison, mais il faut mettre ces putains de chaussons pour ne pas salir le sol. Et encore, il ne faut pas que je me plaigne, chez ma grand-mère il fallait mettre des patins! Chez moi, je ne mets jamais de savate _ appelée ici “slipper” en bon Japglish (mot entrés dans la langue japonaise, souvent en changeant de sens d’ailleurs). Moi, si j’ai pris l’habitude de ne jamais avoir de chaussures dans une maison, je reste en chaussettes _ d’ailleurs toujours blanches, allez savoir pourquoi, la pression du milieu sans doute.

Mais il y a un autre revers au fait de retirer ses chaussures pour une femme : quand elle s’habille, elle prend tout en compte, tout va ensemble, il y a un équilibre ou alors un déséquilibre étudié qui créent la beauté, l’élégance, et bien souvent, le désir de l’autre.

Il y a toujours une déception quand une femme vient chez vous : à la porte, dans l’entrée, elle se montre à vous telle qu’elle a voulu qu’on la voit.

Mais dès qu’elle a retiré ses chaussure, l’harmonie est brisée, et quoi de plus inélégant qu’une femme bien habilée ... en savate!

Pour moi, la “secrétaire”n'était pas une femme comme les autres. Je croyais que, d’une manière ou d’une autre, elle allait échapper au “péché originel”... Rien n’en a été.

Chronique d’une déception attendue...

Mais il ne faut pas être hypocrite. D’un côté, j’étais un peu dérouté de la voir sans chaussure alors que mon but supprême était de la voir... non seulement sans soulier, mais sans rien du tout...

Elle est entrée et elle a regardé, l’air étonné. Elle était dans une maison de Gaijin et visiblement, ce n’est pas à ça qu’elle s’attendait. L’image de la France pour les Japonais est avant tout celle de l’élégance et du luxe. Peut-être s’attendait-elle à voir un lustre de cristal, appelé « chandelier » par tout bon Nippon. Je ne sais pas pourquoi, mais la majorité des Japonais est persuadée que nous avons tous des lustres en cristal chez nous. Influence de Versailles sans doute !

Il faut dire que dans l’Archipel, l’héroïne française « number one » n’est pas Marie-Curie, comme elle l’est chez nous ( ou Jeanne d’Arc à la rigueur) mais Marie-Antoinette ! si ! si ! si ! Elle est le symbole du raffinement, de l’élégance et de l’amour déçu… et puis cette fin si cruelle (oh ! le méchant peuple français !) Enfin bref, c’est l’héroïne romantique par excellence.

Il faut dire que nous, Français, nous avons du Japon une image d’ordre, d’efficacité et de sérieux…. Comme quoi tout le monde peut se tromper, et même lourdement.

Mais non ! Elle n’a pas regardé le plafonnier. Ce qui l’a frappé, c’est ma télévision. Elle est énorme, une vieille Sony d’il y a au moins 20 ans, avec un écran comme on n’en fait plus – au Japon on est plutôt porté sur la miniaturisation, manque de place oblige. Même les modèles les plus récents n’ont pas d’écran aussi grand ! En plus, elle est stéréo, normal, bilingue, normal, ça aussi, mais tout son cadre est en bois, un bois assez clair qui se marie très bien avec le bois de la commode japonaise sur lequel elle est posée.

J’y suis ! Ce n’est pas que la télé qui l’a surprise, c’est aussi le meuble sur lequel elle est posée. Un vieux meuble traditionnel japonais : un tansu, une commode plus haute que les commodes européenne, originellement faites pour y mettre des kimonos. Une vieille télé sur un vieux meuble. Moi j’aurais dit de l’ancien, mais pour elle c’est du vieux. Et en japonais, vieux a un sens franchement péjoratif ! Si chez nous on rêve de vieille maison avec de vieux meubles, ici c’est plutôt le contraire. Du moderne, du dernier cri, c’est ça qui les branche ! J’allais dire « qui les fait bander », mais là j’extrapole un tantinet les sentiments que je porte à son égard, à elle !

En portant son regard sur la télé, elle a tout de suite vu qu’elle avait en face d’elle sa concurrente, car c’est elle qui meuble ma solitude. Si on regarde bien la pièce où nous sommes, on s’aperçoit que tout est tourné vers la télé, la fenêtre vers le monde extérieur, et par monde extérieur, j’entends le monde qui n’est pas le Japon. Les nouvelles peuvent m’arriver en anglais et je peux voir tous les films en version originale – donc l’anglais, vu le choix des chaînes locale et la nullité du cinéma japonais. En effet, ici tous les appareils sont en stéréo, et lorsque l’on passe un film, on envoie la version japonaise sur un canal et la version originale sur l’autre. Pour les nouvelles, elles sont traduites instantanément en anglais. Donc si passé ma porte d’entrée je suis dans le monde japonais, une fois rentré je rentre dans le « western world », le monde gaijin, autrement dit le monde anglo-saxon. Parce que l’influence de la France en Extrême Orient est pour le moins limitée, contrairement à ce que voudrait nous faire croire tous nos ministres de la culture et de la francophonie associés.

La télé pour moi, c’est la vie, c’est ma compagne, celle avec laquelle je vis.

Les femmes que j’ai eues, on ne peut pas appeler ça des maîtresses, tout juste à la limite des amantes, ces femmes-là ne sont pas venues chez moi. Je les ai toutes bibliquement connues dans cette grande institution qu’est le « Love Hotel », autrement dit hôtel de passe, omniprésent dans tous les quartiers de toutes les villes, et d’une très grande densité dans les quartiers des affaires (où je sévis) : Il faut bien que les employés se rencontrent, que les patrons sautent leurs secrétaires et que les étudiantes puissent se payer leur sac Louis Vuitton.

Elle, elle seule est venue. Elle, elle seule, je l’ai invitée chez moi. Et ça se voit qu’il n’y a pas eu de femme dans cet appart, pourtant, tout de suite elle a senti la rivale. Des amourettes que j’ai eues, elle n’en a cure : elle est japonaise et ne se fait aucune illusion sur la nature humaine, mais elle sait aussi qu’entre elle et moi et il a quelque chose de spécial, cette attirance que nous n’avons jamais pu masquer et que nous n’avons jamais pu nous masquer à nous même. C’est pour cela que les travaux d’approche ont été si longs. De solides fondations prennent toujours du temps à s’établir.

Mon appartement est un deux pièces, luxe incroyable pour quelqu'un qui habite seul. Dans l’appartement voisin, identique, ils sont trois, et le mari possède une Mercedes, blanche aux vitres teintées. Autrement dit c’est un Yakusa. Il est donc riche et cet appartement lui suffit. C’est normal ici. Moi, je vis seul, mais je n’ai pas de voiture. On a le luxe que l’on peut… ou que l’on veut.

Je la reçois donc dans la première pièce. Je l’ai déjà dit, tout est tourné vers la télé. En plus il y a une grande bibliothèque où sont entassé plus d’un millier de bouquins et un nombre incalculable de vidéos (françaises… Il me manque quelque chose). Sinon il y a une grande table. Je devrais dire une table très longue où je mange, bien sûr, mais où je travaille aussi. Il y a donc mon ordinateur portable, mon téléphone, tout un tas de papiers, de brochures, de dossiers. Je ne peux donc dignement pas la faire asseoir à cette table. D’ailleurs il n’y a pas de place pour deux.

Par contre il y a un long divan, tourné, évidemment vers la télé. C’est visiblement la seule place que je peux lui proposer pour s’asseoir, et comme il n’y a pas d’autre solution dignement possible – il y a bien mon fouton dans l’autre pièce, j’y pense, mais pas pour l’instant – donc, comme il n’y a pas d’autre solutions possible, les apparences sont sauves et tout est prêt pour que tout se passe en tout bien tout déshonneur.

Nous sommes assis chacun à une extrémité du divan. Ses jambes sont tournées vers moi, bien serrées, mais la jupe un tantinet remontée quand même. J’ai un mal fou à la regarder dans les yeux. Comme elle est asiatique, ce n’est pas la poitrine que je vais fixer, mais bien ses genoux. Mon regard fait l’aller retour rapide entre ses lèvres et ses yeux d’une part, et ses jambes d’autres part. Elle le sait, elle le voit. Elle sourit.

Je suis très nerveux. Je ne sais pas comment « attaquer ». J’ai besoin d’une contenance et j’avance la main sur le paquet de cigarettes qui est posé sur le guéridon, juste à côté de ma très précieuse télécommande.

Dès qu’elle me voit faire, elle ouvre son sac et comme toute jeune-fille bien élevée, en sort un briquet. Je porte la cigarette à mes lèvres et elle avance la main pour allumer ma cigarette. J’ai horreur de cette habitude japonaise qui consiste à s’allumer la cigarette les uns des autres et c’est inconsciemment que je lui prends le briquet des mains. Enfin je veux lui prendre le briquet, mais je ne le fais pas. Je lui prends le poignet et le geste s’arrête là. Le contact est établi. Elle ne bouge pas pour se dégager. Nos regards se croisent et se fixent. Puis elle baisse lentement les yeux. Elle acquiesce.

(A suivre...)

Commentaires

La suite, la suite, la suite... *foule en délire*

Ecrit par : schleuder | 29/07/2005

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