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10/09/2005

Nouvelle : Attirances 2


Et quand, enfin, ils ont été fin prêts, ils se sont rencontrés.
 
 
 
***
 
 
A Tokyo dans un meeting des Alcooliques Anonymes.
 
***

-----> suite


Stéphane était arrivé en retard. Elle était à l'autre extrémité de la salle, juste à côté de Bob. Elle écoutait avec attention ce que son voisin avait à dire.
 
Stéphane ne fait même pas l'effort d'écouter Bob : il connaît Bob, et surtout son histoire, et même toutes ses versions. Par cœur !
 
Mais elle, il ne la connaît pas. C'était une « nouvelle » ou alors « un visiteur », un membre de la « confrérie », qui vient d'un autre quartier, d'une autre ville, ou d'un autre pays.
 
Ceux-là ne peuvent pas vivre sans leur quotidienne réunion A.A., sans l'entourage  de leurs frères. Il y a « Le Programme » dont on parle toujours sans trop savoir ce que c'est, et surtout il y a la chaude ambiance des compagnons de misère. Ce sont les seuls qui peuvent comprendre ce que l'on a dans son passé et sur le cœur. Ce sont les seuls qui peuvent nous tenir écartés de la bouteille pas « dive » du tout. Le merveilleux poison qui nous rend la vie si belle et si impossible à vivre.
 
Le Docteur Bob, co-fondateur avec « Bill » des Alcooliques Anonymes avait dit : « Seul un alcoolique peut comprendre un autre alcoolique ». Pour tous ceux qui étaient dans cette salle, c'était la vérité pure, parole d'Evangile et même mieux ! C'était une citation du « Big Book », la Bible des alcoolos.
 
Alors, visiteuse ou nouvelle ? Une de ces âmes perdues qui ont tout essayé pour boire moins, boire normalement, sans avoir le « trou noir » à la fin, sans voir de dégoûts des autres, et pire, sans connaître le dégoût de soi.
 
Il n'avait jamais vu cette femme avant, mais... elle avait un air de ce que les Américains appellent un air de « déjà vu ». Peut-être quelqu'un qu'il avait rencontré lors de sa longue « carrière » de buveur invétéré. Si c'était le cas, il ne s'en souvenait pas, et il espérait qu'il en était de même pour elle. Si cela avait été le cas, que s'était-il passé?
 
Elle écoutait sagement ce que disait Bob. Ce qui l'intéressait n'était pas les frasques qu'il avait faites, mais plutôt le décors extérieur qu'avait été le Japon. Visiblement on ne buvait pas là de la même manière dont on buvait chez elle. Elle avait l'air émerveillée par le fait que tout ce qui se passait le soir, dans le pays Nippon, avait l'air d'être automatiquement pardonné. Quel beau pays(!), avait-elle l'air de se dire, tout en pensant qu'elle serait déjà morte si elle était venue là plus tôt.
 
Stéphane ne la voyait que de profil. Elle ressemblait vaguement à une fille qu'il avait rencontré en France. Heureusement que ce n'était pas cette fille-là, sinon, il aurait certainement pris une grande claque en public - Bah, les autres auraient compris : ils savaient ce que c'était. Il avaient appris « à la dure » qu'il n'y a pas de limite à ce que l'on peut faire quand on est sous 'l'influence'.
 
Pourtant, même si sa mémoire avait des trous, et des trous de plus en plus béants au fur et à mesure qu'il avait augmenté sa consommation, pourtant ce profil, il le connaissait!
 
Il avait rencontré tant de monde dans les bars. Et dans les bars on ne regarde que le profil de la fille aux côtés de laquelle on est. On est beaucoup plus absorbé par le contenu de son verre : combien de temps va-t-il durer et est-ce que la fille va lui en repayer un? (Un buveur est toujours fauché). On est trop occupé à prendre sa dose, à refaire chacun de son côté le monde, sans écouter l'autre bien sûr. Boire est une activité de solitaire, même si on le fait en compagnie. Un peu comme de se masturber en présence d'un être très désirable auquel on ne fait pas attention, en présence d'un être qui dérange.
 
Et puis de toute manière après avoir bu tout son soûl, comme on dit, il ne se souvenait plus de rien : il ne lui restait plus qu'une énorme angoisse. L'angoisse de ce qu'il avait bien pu faire la veille, et un dégoût d'égouts.
 
Pourtant, pourtant, il avait au fond de son cerveau des relents de souvenirs de son profil comme avant il avait des relents l'alcool dans son haleine.
 
Si c'était une « nouvelle », elle ne se souviendrait pas non plus. Mais ce n'était pas une « New Comer », elle avait l'air d'être en bonne santé. On n'a jamais vu de nouveau venu qui avait l'air d'aller bien. Sinon il ne serait pas là (si les autres croyaient qu'il était en forme, c'est qu'il l'était et il n'avait donc pas besoin de mettre un frein à sa consommation – logique pré-AA). En plus il ne se serait pas associé à des gens qui s'appelait sans aucune honte des alcooliques et avaient même l'air de le revendiquer.
 
La fille avait une peau très lisse et très blanche. Pas un seul bouton dessus, pas de rougeurs, marque caractéristique de l'abus de boisson. Ses cheveux étaient bien entretenus, lisses, châtains clair, et relativement raides. Rien à voir avec les innommables tignasses de ceux qui venaient pour la première fois. Le plus remarquable est qu'elle semblait avoir une attention très soutenue. Il suffisait de voir la manière dont elle fixait Bob et écoutait chacune de ses paroles.
 
D'habitude, les « nouveaux » partent quelque part... dans un monde intérieur, le seul supportable pour eux, ce qu'ils entendent autour de la table n'est pas fait pour les rassurer. Leur cerveau est à la vaine recherche de faits prouvant « qu'ils ne sont pas comme ces gens-là ».
 
C'était certainement une « visiteuse ».
 
De part sa position autour de la table, il ne pouvait la voir de face, et il en était fort frustré. Mais, Dieu, quel profil!
 
C'était celui d'une statue. Pas d'une statue grecque ou romaine : dieux ou déesses, ils étaient splendides avec leur corps parfaits, et majestueux de toute leur divine puissance...
 
Non, sa beauté à elle, ou ce qu'il pouvait en voir, avait des proportions plus humaines et plus de douceur dans l'impression qui se dégageait d'elle.
 
Plus qu'au Panthéon, c'était à la Cathédrale de Chartes qu'elle lui faisait penser : un petit nez droit, droit mais légèrement moqueur, un sourire discret, taquin et un menton fort, fier et décisif. Sa coupe de cheveux, elle aussi, semblait venir directement du Moyen-Age, une longue frange lui couvrait le front et le la pointe de ses cheveux semblait irrésistiblement attirés par son menton. Sur son autre profil, elle avait un grain de beauté.
 
Bob (Chicago Bob, à ne pas confondre avec « Translator Bob ») avait terminé son speech par les mots : « ... et tous les jours je prie de ne vivre qu' « un jour à la fois » et d'écouter ma « Puissance Supérieure ». Sans ces deux choses, il y a longtemps que je serais mort, ou en prison ou interné dans un hôpital psychiatrique. Et chaque soir je remercie « Dieu tel que je le comprends » pour ce nouveau jour de sobriété. Merci!
 
Bob avait maintenant fini et une femme leva la main.

- Hi! Mon nom est Jenny et je suis alcoolique
- Hi! Jenny! Reprit le groupe à l'unisson.
 
Cela faisait partie du rite. Elle n'avait pas eu l'air surpris : c'est sûr, c'était une « visiteuse ».
 
Jenny était assise à la droite de Stéphane. La jeune-femme tourna la tête dans la direction de celle qui allait prendre la parole, mais son regard ne s'arrêta pas là.
 
Ses yeux se fixèrent sur lui.
 
Les siens étaient déjà sur elle.
 
Les deux regards s'accrochèrent.
 
A ce moment précis, il su qu'il la connaissait, qu'il l'avait toujours connue et qu'il la connaîtrait toute et entière.
 
Les Américains parlent d'alchimie entre deux êtres. Les Français préfèrent parler d'atomes crochus. Le temps d'un soupir contenu, l'alchimie de l'un s'était agrippé aux atomes de l'autre. Leurs yeux avaient établi le contact, avaient vibré et s'étaient trouvé à la même fréquence. Ils allaient...
 
-- Je pensais qu'après les meetings vous alliez tous prendre une bière ensemble. Juste une, bien sûr! ... J'étais venue ici pour que vous tous m'appreniez à boire normalement, mais pas à ce que vous disiez et montriez comment ne pas boire du tout! Je trouvais que vous étiez un peu fanatique là-dessus. Après tout, peut-être que c'était ce qu'il vous fallait à vous puisque vous n'étiez qu'un groupe d'alcoos, mais ce n'était pas pour moi. Je n'étais pas alcoolique. Il m'arrivait de boire un peu trop de temps en temps, voilà tout, mais je n'était certainement pas une alcoolique, comme vous les gars... et les filles aussi! Tout ce que je voulais, c'était boire moins, contrôler ma manière de boire. Je n'étais tout de même pas une alcoolique. Une alcoolique, moi, vous voulez rire?
 
Un rire secoua l'assemblée et le lien entre les deux fut brisé et leurs yeux reprirent leur rôle imparti par la nature, qui est juste de regarder. Leur regards s'en allèrent vers les buveurs déçus.
 
En faisant cela elle tourna la tête dans l'autre sens et montra à Stéphane son autre profil. Il put alors voir son grain de beauté, grain de beauté qui avait attiré toute son attention comme le fait la tache noire au bout de la queue d'un hermine.
 
Le secrétaire du groupe regarde sa montre, il se lève et beugle : - « Hey! Tout le monde! Il est maintenant huit heures, je vous rappelle que A.A. est entièrement gratuit, mais nous avons des frais. Je vais donc passer maintenant à la septième tradition et faire passer le chapeau entre vous. Vous ne donnez que ce que vous voulez ou pouvez. Si c'est la première fois que vous venez parmi nous, vous n'avez pas besoin de donner quoique ce soit. »
 
Pendant qu'il fouillait dans sa poche, un éclair traversa le cerveau de Stéphane : Comment se fait-il que je savais qu'elle avait un grand de beauté sur son profil droit. Je l'ai su avant de le voir. Je l'ai su...

Commentaires

la suite????
viteeeeeeeee!!!
Si vous plait...

Ecrit par : Tonio | 11/09/2005

On va essayer, mais ce n'est pas fini. J'ai meme un peu peur d'avoir été trop vite pour cette partie.
En fait cette nouvelle je l'avais écrite en anglais quand j'habitais encore à Tokyo. JE suis en train de la retranscrire, parce que les temps ont changé et aussi et surtout parce que j'ai changé --- et puis la langue aussi.
Donc l'histoire est finie mais pas sa mise en forme.

Voilà, voilà, merci pour la demande ça fait vraiment plaisir, surtout que je ne pensais pas ressortir cette histoire des placards.

C'est la faute à Katrina

Ecrit par : zorglub | 11/09/2005

Oui, moi aussi je veux la suite...

Ecrit par : schleuder | 12/09/2005

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