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15/10/2005

Nouvelle en cours (suite): Attirances 4

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01 310 ***.***

NAME?: Joanna Thibaudeau

PRESS THE ENTER KEY TO SEND.

Son doigt hésita une seconde puis plongea sur la touche ENTREE.

Bib bib, bib, le fax était parti.

 

***

 

Il était à la fois épuisé et excité. Mais il fallait se mettre au lit. Il s'allongea c'est avec une absence, un désir, et bizarrement, quelque chose d'inconnu qui lui était toutefois familier.

 

Il rêva d'elle, mais ce n'était le genre de rêve qu'il aurait souhaité.

 

Il s'était réveillé avec une érection. Normal! Pourtant il était extrêmement embarrassé. Pas pour des raisons morales qui d'ailleurs ne l'affectaient pas, mais pour ce qui paraissait en être la cause.

 

Son rêve ressemblait beaucoup à ces films pornos japonais que l'on appelait « Bondage », qui mettent en scène des filles ficelées, attachée, et surtout un savant mélange d'humiliation et de douleur.

 

Elle était là, enchaînée, à moitié nue et la poitrine sanglante. Il y avait de la peur et de l'effroi et de la peine. Dans son rêve il avait aussi vu une grande horloge qui indiquait cinq minutes avant minuit (les choses étranges arrivent toujours à minuit).

 

Ainsi, c'et avec des sentiments très mélangés qu'il s'était réveillé. Il était Heureux, mais triste et effrayé à la fois.

 

«- Bah! Un bon petit déjeuner allait remettre de l'ordre à tout ça, et tous les petis connards qui m'attendent à banque ne manqueront sûrement pas de me faire oublier ce mauvais départ.»

 

Il s'assit sur son futon et jeta un coup d'oeil au fax. Un long rubban en pendait. Il se leva d'un bon et arracha la longue feuille. Il retourna se coucher avec.

 

Il était dans son «lit» et Joanna était proche de lui.

 

 

Joanna THIBEDEAU

 

Cher Stéphane,

 

Je me sens vraiment stupide. Peut-être que, quand je ne comprends pas ce qui se passe, je devrais juste demander. Au lieu de ça, je me raconte des histoires, et généralement elles ne sont pas très flatteuses pour moi et qui m' expliquent ce que je crois avoir vu. La nuit dernière, je me disais : « Il me trouve ennuyeuse. Je vais épuiser tout mon répertoire de conversation et il saura, alors, combien je suis une fille sans intérêt. » J'avais l'impression que t u voulais vraiment partir, mais que tu ne savais pas comment le faire sans me blesser.

C'est pourquoi c'est beaucoup plus facile pour moi de m'exprimer sur du papier. J'ai souvent du mal à m'exprimer face à une personne. Je ne sais pas... Peut-êttre que je suis timide aussi. Mais je me souviens quand je t'ai vu pour la première fois à ce meeting et que tu as attiré mon attention.

Est-ce que tu veux ré-essayer?

Peut-être as-tu d'autres plans, mais on pourriait prétendre tout recommencer à zéro en mars prochain.

Merci pour ta belle lettre. J'ai été très heureuse de la recevoir. Je pense à toi.

Bonne nuit et passe une bonne journée.

 

Joanna

 

Au bas du message, juste sous sa signature, elle avait posé, ou plutôt pressé l'empreinte de ses lèvres, qu'elle avait dû enduire auparavant d'une épaisse de rouge à lèvres. Il allait prendre le fax avec lui et en faire une copie au bureau - Le papier fax a une facheuse tendance à passer, surtout exposé à la lumière - et ce fax, il voulait le punaiser sur son mur. Il voulait le voir tous les matins à son réveil. C'était la seule «image» qu'il avait d'elle, les courbes gracieuses de son écriture lui rappeleraient la beauté de son langage, et ses lèvres imprimées l'accueilleraient quand il sortirait de sa nuit.

 

Peut-être que tous les jours seraient alors comme aujourd'hui l'avait été : Le ciel était plus bleu, l'air plus pur et moins de Japonais dans le train. Peut-être qu'il était seul, mais il ne se sentait plus solitaire, esseulé. Fini les heures supplémentaires qui l'emmenaient juqu'à la nuit. Plus besoin de meubler ce grand vide qu'était la solitude. Ce soir, il voulait rentrer de bonne heure à la maison, s'enfermer dans sa forteresse, et lui écrire. C'est tout ce qu'il désirait : Ce serait une excellente soirée.

 

Et merde! C'était le dernier jour des «orfèvres» à Tokyo et ils l'avaient invité à dinner. Grâce à lui et à l'interprête qu'il leur avait fourni, ils avaient établi d'excellents contacts dans le monde de la bijouterie de Tokyo. Ils voulaient le remercier et passer une bonne dernière soirée ensemble, entre Français, hein? Ils avaient réservé une table à l'hôtel Okura. Le rendez-vous était fixé à 19:00.

 

Sept heures! Cela ne lui permettait pas de «passer une soirée avec Joanna»! Ce n'était pas possible! Il téléphona donc à l'hôtel et laissa un message à ceux qui luil devaient tant et qui lui coûtaient tant!

 

Il dit qu'il avait eu un problème avec son imprimante. Un «toner» capricieux et indépendant que sa secrétaire n'avait pu changer. En fait elle n'était pas à blâmer, le truc était vraiment coincé et il s'était mis de l'encre partout, et de l'encre de très bonne qualité... il devait donc retourner chez lui pour se changer et mettre ses vêtements au «cleaning-ya-san», tout de suite, sinon son costume serait foutu - et c'est si difficile de trouver sa taille à Tokyo! Est-ce qu'ils ne pourraient pas se rencontrer plutôt vers 20:30? - « Oui, cela allait parfaitement!» répondirent-ils.

 

Il raccroche, court vers le metro. Dans le wagon, surbondé, il trépigne : tout cela ne va pas assez vite. Enfin sa station : il se catapulte vers la sortie et court à son appartement. Pas le temps d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur. Il se faitles escaliers à la hussarde . Ses mains tremblent quand il veut metre sa clef plate dans la serrure. Ça l'énerve! Mais enfin il y arrive.

 

Il ne retire même pas ses chaussures en entrant. Il se précipite vers son ordinateur, presse le bouton «on» : La machine se met en branle. De drôles de bruits émergent de ses entrailles. D'habitude ça l'amuse, mais là, pas du tout. Il faut qu'il s'occupe, qu'il fasse quelque chose. Il jette un coup d'oeil sur le fax qui traîne sur le plancher, et là, il voit l'empreinte des lèvres. Un baiser qu'elle avait fait à Los Angeles et qui lui était arrivé à Tokyo.

 

Il prend ce fax et le punaise au dessus de son moniteur. Celui maintenant est allumé, les programmes sont en attente. Il lance le traitement de texte couplé au fax modem.

 

 

Joanna,

 

J'ai les yeux rivés sur tes lèvres et la tendresse qu'elles expriment est exactement ce dont j'ai besoin à ce moment précis. Pour cela je te dois un grand merci. Je dois dire également qu'en regardant ta bouche, j'essaye de deviner ce qu'est le reste de ton corps.

Je ne peux rester longtemps devant l'écran : je dois sortir pour voir une dernière fois mes amis joaillier, mais Dieu sait que ce n'est pas ce que j'ai envie de faire. Je veux tout juste rester à la maison, t'écrire, attendre l'heure de ton réveil et te l'envoyer juste à ce moment. Comme ça ce sera le bruit de mon fax qui te tirera des bras de Morphée - Dieu que je souhaiterais que ce soit les miens!

Je dois partir maintenant. Je te «parlerai» plus tard.

 

Cela me fait très plaisir d'avoir passé ce moment de soirée avec toi.

 

Stéphane.

 

Quelques petits coups supplémentaires sur des touches et le fax était parti. Bien sûr, il aurait pu écrire plus tard, il le savait - De toute manière, elle dormait maintenant, mais c'est ce qu'il voulait faire. Illogique mais indispensable.

 

Il était en retard et il ne lui restait que peu de temps pour se rendre au rendez-vous. Mais il fallait rendre son histoire crédible. Il ouvrit son tiroir, et pris son stylo plume - un cadeau que sa mère lui avait fait pour son vingtième anniversaire. Qui se sert d'un stylo plume aujourd'hui, et surtout ici? Mais pour une fois il allait lui être utile. Il l'ouvrit et actionna la pompe de manière à se mettre de l'encre sur les mains. Tout le monde sait que l'encre d'imprimerie ne s'efface pas comme ça, et s'il s'était présenté devant ses amis avec des mains immaculées, cela aurait paru bizarre, et les gens qui travaillent dans le détails, dans le bijou finement travaillé, ont un sens aigu de l'observation.

 

Il prit ensuite une douche très rapide, se changea, et sortit. Il arrêta un des innombrables taxis qui sillonnent la ville et lui donna l'adresse de l'Hôtel Okura.

 

***

 

En fait la soirée fut assez agréable. Joanna était moins présente à son esprit. Mais quand même là, en arrière plan... enfin jusqu'à onze heures. Car à ce moment précis, il était sept heures là-bas ( du matin de la veille -- foutue ligne de changement de date!...). Elle était réveillée ou était en train de se réveiller. A ce moment, oui, vraiment, elle passa de l'arrière plan au tout premier.

 

Il dit à ses hôtes qu'il devait prendre le dernier train. Un peu plus tard, il serait quasiment impossible de trouver un taxi, ce qui était vrai, et ils le savaient aussi. Alors ils ne firent pas plus d'efforts pour le retenir que ne l'exigeait la politesse. On passa donc aux remerciements pour tout ce qu'il avait fait pour eux : "Mais non, mais non, c'est tout naturel, ça m'a fait plaisir". " Tu ne te rends pas compte, mais sans toi, nous n'aurions pas pu avoir tous ces rendez-vous, sans compter toutes les gaffes qu'on aurait fait! ". " Mais non, je vous le répère, si vous n'aviez pas été d'excellent professionnels, mes conseils n'auraient servi à rien". Etc...

 

- Bon, alors, au revoir! Et surtout quand tu passes en France, n'oublie pas de nous rendre visite. Nous avons une maison de campagne, nous n'y allons pas souvent, alors tu peux en profiter comme tu veux.

 

- Merci beaucoup! C'est très gentil de votre part. Je vous contacterai la prochaine fois que je rentrerai au pays. En fait cela me ferait plaisir. Je commence à être lassé d'avoir à passer mes vacances chez mes parents. ( Mais, bon dieu! Mais quand est-ce que ces palabres obligatoires vont enfin prendre fin. Avec les Japonais, tout ça c'est codifié, et on sait très bien quand le cirque va prendre fin, mais là, c'est autre chose. Il faut tirer à vue, et je me sens de plus en plus myope. Merde! Dire que je parle des miens...). Vraiment j'apprécie votre invitation, rien ne pourrait plus me faire plaisir, vraiment changer d'air, vraiment prendre des vacances, oui, cela serait bien! ( Bon sang! Elle va se réveiller bientôt! Aux chiottes leur putain de maison de campagne, si j'attends encore un peu, ils vont me parler du barbecue qu'ils ont fait construire avec des pierres du pays...) - Heu... Bon! Excusez-moi, mais il faut vraiment que j'y aille maintenant, sinon je vais rater le dernier train et vous savez aussi bien que moi, maintenant, qu'après ça on ne peut pas trouver de taxi pendant au moins deux heures. J'irai bien boire un dernier verre avec vous ( Tu parles!...) mais demain le boulot m'attend, et vous l'avion. Vous pourrez dormir dans l'avion, ça m'est un peu difficile à la banque. Allez, à bientôt, et merci beaucoup pour votre invitation. J'ai vraiment passé une très bonne soirée. Allez au revoir et à bientôt j'espère.

 

Une demi-heure plus tard, il était de nouveau au clavier à rêver. En fait il ne regardait même pas l'écran puisqu'il était éteint. Mais cela faisait une sorte de compagnie. Et puis, cela le reliait un peu à elle. Un peu...  Il était dans la contemplation profonde de ses lèvres, punaisées au mu - un sourire avec rien autour, à la Lewis Caroll...

Il aurait aimé faire la même chose : Envoyer un baiser à quelqu'un qu'il n'avait pas encore embrassé.

 

***

 

A suivre ---->

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