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07/11/2005
Nouvelle en cours (suite) = Attirances 5
Il aurait aimé faire la même chose : Envoyer un baiser à quelqu'un qu'il n'avait pas encore embrassé.
***
Suite ----->
Insensiblement, il disparut de la vie sociale de Tokyo. Ses nuits changèrent aussi. Tous les soirs, il souhaitait pouvoir contrôler ses rêves et tous les matins il était désolé de ne pas y être arrivé.
Les cauchemars revenaient toutes les nuits. Toujours les mêmes images : La poitrine de joanna saignait, elle souffrait. Elle était enchaînée et on l’emmenait loin de lui. On la lui prenait, et pour toujours.
Et puis il y avait cette horloge! Elle était immanquablement là, bloquée à minuit moins cinq. L’heure semblait chargée de menaces. Il y avait du danger! Pourquoi? Il n’en avait aucune idée!
Il rêvait aussi souvent de sa ville en France : La Rochelle... le vieux port et ses deux tours : La tour de Garde et la Tour des Quatre Sergents. Dans le temps, elles avaient protégé la ville. Maintenant elles marquaient l’appel vers le grand large.
Tout gosse, il avait l’habitude d’aller à l’ombre d’une des tours, une fois l’une, une fois l’autre, et il regardait les bateaux franchir la passe. Il espérait qu’un jour, il serait sur un de ces navires, et qu’il pourrait partir, lui aussi, un jour...
Ces deux tours éveillaient régulièrement en lui un sentiment de tristesse, mais une tristesse qu’il aimait, une douce amertume, une agréable mélancolie, mais dans ses cauchemars, elles n’étaient pas chargée de tendre nostalgie, mais plutôt d’un profond regret caressant les pleurs. C’était presque du désespoir, du désespoir mélangé de peur avec des pointes de frayeur. Et ça, il ne pouvait le comprendre car il avait toujours aimé ces tours.
Joanna, aussi, dans ses fax, avait mentionné des cauchemars. En fait, elle lui avait dit que depuis son retour sur sa terre natale, elle avait eu des problèmes de sommeil. Certainement le décalage horaire, pas de quoi s’inquiéter, avait-elle dit, mais ce qui la gênait le plus, c’est que quand elle arrivait à s’endormir, elle se reveillait en sursaut, le coeur battant à lui faire mal dans la poitrine : en fait c’était de mauvais rêves, mais au matin, elle ne se souvenait de rien. Il ne lui restait qu’une impression de peur et de chagrin. Et puis elle gardait le coeur serré jusqu’à ce que les préoccupations de la journée prennent le dessus. Oui! Le week-end c’était particulièrement pénible!
Cette concordance des rêves, à 10.000 miles de distance, le confirmait dans sa croyance qu’il y avait quelque chose de très spécial entre eux, que, en fait, il était destinés l’un à l’autre, et ce depuis le début (mais le début de quoi? Il n’osait quand même pas dire « de toute éternité).
A l’aune de cette certitude il revoyait ou récrivait toute leur histoire. Il avait été nécessaire qu’ils passent par toutes les épreuves qu’ils avaient traversées pour qu’ils puissent enfin se rencontrer. Le prix avait été élevé, très élevé, mais, bon dieu, cela valait le coup! Maintenant il avait ce qu’il avait toujours voulu : l’espoir!
Toute sa vie, il y avait eu un manque. Il avait toujours eu un trou, là, au milieu de lui-même, un trou qu’il avait essayer de combler avec tout ce qui lui était tombé sous la main. Et quoi que ce soit, ce n’était jamais assez. Il en voulait toujours plus! Plus!
Même les énormes quantité d’alcool qui s’était déversé à l’intérieur ne suffisaient pas. Pourtant, aux yeux des autres, c’était plus que trop. Cela l’avait presque tué!... Mais d’un seul coup, il avait arrêté. Un miracle! ...
Un miracle?
Pour une raison qu’il ne comprenait pas – mais maintenant il avait une petite idée sur ce que cette raison pouvait être – une force venant du tréfonds de lui-même n’avait pas voulu qu’il meurre : il avait arrêté de boire. Il avait nettoyé les ruines de son passé. Enfin, il avait découvert qui il était. En fait cela avait été à la fois pénible et intéressant... amusant même! Mais il avait commencé une nouvelle vie, bâtie sur de nouvelles bases.
Maintenant il avait une bonne vie, pas une vie fantastique, juste une bonne vie.
Mais ce n’était pas assez.
Là encore, il y avait quelque chose qui manquait.
Le trou était toujours là. Il n’était plus obligé de le remplir avec de l’alcool, il ne le voulait pas d’ailleurs, mais le trou était toujours là... Un immense sentiment de frustration.
Oui! Mais maintenant tout cela était fini. Il savait enfin ce qui manquait, ce qui avait manqué toutes ces années : Elle! Son âme soeur, celle sans qui il ne pourrait pas être entier.
La « Vraie Vie » allait enfin commencer.
***
Des deux côtés du Pacifique des amants reçurent leurs congés. Ils ne comprirent pas pourquoi. D'ailleurs ils ne pouvaient comprendre.
Vint l'été. Ils avaient des obligations familiales. Elle retourna à ses racines, en Louisiane, près de la Nouvelle Orléans. Elle avait besoin d'une retraite. Quelque chose, en elle, ne se sentait pas en place. Lui, il aurait beaucoup aimé la rejoindre, mais son propre frère allait se marier. La date de la cérémonie avait été spécialement choisie pour qu'il puisse venir. Ce serait en août, à la Rochelle. Tout le monde attendait sa venue : il ne pouvait se défausser.
L'ombilic électronique qui les reliait fut coupé : Pas de fax à portée de main dans le Saintonge, ni en Louisiane
Des cartes postales furent échangées : Elle devait se rendre à Tokyo en septembre. Elle pourrait prendre quelques jours de congés quand elle y serait. Est-ce qu'il pourrait ? ...
Il pourrait!
***
La nuit était noire, enceinte de la Lune quand son avion se posa : il l'attendait à l'aéroport de Narita.
Quand leurs yeux se rencontrèrent, à nouveau, après une si longue absence, la foule, tout autour d'eux, disparut et, à nouveau encore, ils furent seuls au milieu d'une forêt de gens.
Un observateur extérieur aurait eu la surprise de vois que, tout d'abord, ils se regardèrent, sans bouger, sans esquisser un sourire ou un quelconque geste de reconnaissance. Et puis, lentement, imperceptiblement ils glissèrent l'un vers l'autre. C'était comme si deux bulle de silence s'étaient jointe pour n'en former qu'une seule, plus grosse, dans laquelle ils se trouvaient bien, enfermés.
Tout autour d'eux les gens s'embrassaient, se prenaient dans les bras, riaient, pleuraient.
Eux restaient immobiles.
Ceux qui les entouraient avaient un passé : un mari, une femme, des parents, des enfants, des amis, des relations de travail.
Eux, n'avaient rien de cela, n'étaient rien de cela : ils étaient beaucoup plus, avaient beaucoup plus, mais ne savaient comment l'exprimer. Comment dire l'ineffable?
Ils se sont juste regardés... longtemps, puis ont souri.
Il la prit par la main, dit quelque chose qu'elle ne comprit pas, et se lassa entraîner. Ils se frayèrent un chemin parmi tous les voyageurs fatigués, lents, qui semblaient attendre on ne sait quoi. Ils prirent un ascenseur, des escaliers, des corridors, des couloirs, longs, et finalement se retrouvèrent sur le quai d'une gare.
Ils n'iraient pas à Tokyo. Tokyo était pour lui ce que Los Angeles était pour elle, un endroit où travailler, pas une place pour vivre.
Un train les emmena dans un petit village de pêcheurs sur la péninsule de Chiba. Il y possédait une maison et elle l'adorerait. Elle le regarda, cligna lentement des yeux, sourit, lui prit la main et lui dit : « J'ai toujours aimé la mer ».
Il le savait.
Oui, il le savait. Il connaissait beaucoup de choses à son sujet, et ce qu'il ne savait, il le devinait. C'était comme retrouver un vieil ami, perdu de vue depuis longtemps. On ne connaît pas sa vie, mais on le connaît. Et on est heureux d'être avec lui.
Là, sur le quai, en face d'elle, il était heureux. Tout était si simple. Il n'avait jamais ressenti cela avant. Il n'était pas excité, enthousiaste, joyeux, content ou satisfait. Non, il était heureux. Tout simplement heureux.
C'était une expérience nouvelle pour lui.
Dans le train, l'étrangeté de la situation commença à lui apparaître : Ils n'avaient parlé qu'une seule fois et tout le reste s'était passé au moyen d'une machine, un fax! Maintenant, ils étaient à côté l'un de l'autre. Ils allaient pouvoir reprendre la conversation qu'ils avaient commencé il y avait ... quatre mois!
- Quatre mois!
- Oui! Quatre mois!
- Tu es sûr?
- Oui, j'en suis sûr. Pourquoi?
- Je ne sais. Cela me semble à la fois plus court et plus long.
Il comprenait exactement ce qu'elle voulait dire car il ressentait la même chose. Il ne savait pas s'il s'agissait d'une éternité ou si la vie s'était écoulée sur un autre plan de réalité. C'était un peu comme quand il avait arrêté de boire. Il y avait la vie « avant » et la vie « après », et c'était deux mondes tout à fait différents.
De la même manière, c'était difficile de se rappeler ce que la vie avant elle avait été, même si elle n'avait pas encore vraiment commencé. Comment peut-on se souvenir d'une longue attente. C'était tout aussi difficile de se remémorer ce qu'avait été la vie avec la bouteille, longue période d'attente d'une vie meilleure.
Tout à coup, il réalisa qu'il ne l'avait jamais embrassée.
C'était embarrassant, pour dire le moins. La pensée le paralysa : Là, en face de lui, se trouvait une femme qui avait traversé le Pacifique pour le voir, et lui était en train de se poser de questions pour savoir quel serait le meilleur moment pour l'embrasser.
Il était encore plus gêné que quand il était ado. C'est vrai qu'à cette époque un pack de bières pouvait se révéler être d'une grande utilité. Mais là, il était désarmé. Rien pour l'aider. Il avait tellement peur de faire un « faux pas » qu'il ne pouvait pas faire le « premier pas ».
Elle le fixait. Lui, faisait des efforts pour ne pas porter son regard sur elle. Elle l'appela : « Stéphane... ». La voix était douce, presque faible. Il ne répondit pas, émit juste un distrait : « mmm? ».
Elle leva le bras, lui posa la main derrière la nuque, captura ses yeux, ne les lâcha pas et attira son visage vers elle et pressa ses lèvres contre les siennes.
(A suivre)
01:25 Publié dans Nouvelle en cours | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note




Commentaires
Très belle histoire d'amour..... vivement la suite ! cette histoire me touche d'autant plus qu'elle aborde un sujet douloureux: la dépendance à l'alcool et la lutte pour s'en dégager. Les passages relatifs à ce sujet sont très bien dépeints...
Ecrit par : tinou | 15/01/2006
ca vous plaît vraiment? Vous ne trouvez pas ça un peu longuet? Ecoutez, si ça vous plaît vraiment, je la continue ( elle est finie, remarquez, mais il faut que je la traduise, ou plutot que je l'adapte).
N'ayez pas peur de dire la vérité. Je vous soupçonne d'être trop gentille et de ne pas vouloir blesser.
Z
Ecrit par : zorglub | 15/01/2006
Pas du tout, ce que je vous dis est très sincère, j'ai vraiment accroché à cette histoire....merci de bien vouloir mettre la fin. L'introduction m'a paru peut-être un peu longue, mais après on est happé par l'histoire. Voilà ce que je pense...
Ecrit par : tinou | 15/01/2006
j'ai découvert par hazard ton site en faisant une recherche sur 'deception point' mais je n'ai franchement pas été déçu!!!
je n'ai pas de blog ou de site perso mais j'ai beaucoup apprécié le tien qui réuni pas mal de choses que j'aime.
j'ai même commencé à lire ta nouvelle 'attirance' que je trouve très bien surtout quelle aborde un sujet plutot tabou l'alcolisme!
vite il faut que je lise la fin...
donc bravo!
Bastoune
ps:désolé pas d'url
Ecrit par : Bastoune | 31/01/2006
Ah! Mon dieu! Encore un qui me pousse à la finir cette nouvelle! Enfin, quand je dis encore un, l'autre c'était une "une", Tinou, pour ne pas la nommer.
Bon, je vais la finir - mais pour des raisons que vous comprendrez, à chaque fois, j'ai du mal à m'y mettre, me replonger dans ce monde!
Merci
PS : tu as été aussi déçu que moi par " deception point"?
Ecrit par : Zorglub | 02/02/2006
Sorry mais j'ai pas lu 'Deception Point' et ton com ne m'a pas trop donné envie de l'ouvrir.
Par contre j'ai adoré "Pourquoi j'ai mangé mon père".
Allez courage.
ps: je suis aller voir ton site sur le Japon, super et plein d'enseignements.
Ecrit par : Bastoune | 02/02/2006
Quand on pense que ça a été écrit dans les années 60!
Par contre la trad du titre n'est pas géniale. Le vrai titre en est :
"What we did to father"
ca laisse plus de place à la surprise!
Ecrit par : zorglub | 02/02/2006
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