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18/01/2006

Nouvelles en cours = Attirances 6

Un grand merci à Tinou qui m'a poussé à continuer cette histoire.

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Elle leva le bras, lui posa la main derrière la nuque, captura ses yeux, ne les lâcha pas et attira son visage vers elle pour presser ses lèvres contre les siennes.

Suite ----->

 

***

 
Revenir à soi est une expérience très intéressante pour un ivrogne.
 
On commence la soirée normalement, par quelques verres. On a l’air décontracté avec les autres- s’il y en a – mais en fait, tout ce à quoi on prête attention est la lente descente du saint liquide le long de nos veines. D’abord la brûlure le long de l’œsophage, la chaleur dans le ventre, puis le lent engourdissement le long des membres. Cela détruit toutes les tensions, les inhibition, la douleur, et lentement on se sent mieux. Il y a même des fois où on se sent bien.
 
On prend alors quelques verres de plus – si on est bien élevé ; beaucoup plus si on l’est moins. On veut prolonger et augmenter le sentiment d’aise. Si on est pressé ou si on est avancé dans sa « carrière » d’alcoolo, on s’abreuve et s’apaise directement au goulot de la bouteille. Ce qu’il faut,  c’est garder, préserver le moment sacré, les quelques secondes où tout était bien, merveilleux, exaltant, même le futur… Alors…
 
... Alors…   de nulle part, de rien, du néant, on émerge des ténèbres et de la douleur. Ou est-ce de la douleur et des ténèbres ? Le cœur bat à grands coups puissants et rapides. Les flots de sang résonnent dans la tête et un étau resserre ses mâchoires autour du crâne.
 
Puis vient la soif ! Elle appelle, hurle, du tréfonds de chaque cellule du corps. On entre en manque de liquide. Pourtant il y a de la sueur et elle est froide ! Les tremblements s’installent.
 

Et c’est l’éclatement, l’explosion, la déflagration, assourdissante, torturante, tonitruante : « Qu’est-ce qu’il s’est passé la nuit dernière, qu’est-ce qu’il s’est passé ? Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que j’ai fait. Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire ?

 

Il « revenait »… à lui… peut-être… Son cœur battait fort. Pendant un court instant il ne sut plus où il était. LA question vint immédiatement : « qu’est-ce qui s’était passé ? qu’est-ce qu’il s’était  encore passé ? »  Il y avait de l’angoisse, de l’anxiété, mais seulement diffuse. C’était plus une question qu’une peur. Il portait en lui les restes d’étranges sentiments. Ça ressemblait à une gueule de bois, mais ce n’était pas une gueule bois. Ou plutôt si ! C’était une gueule de bois de l’âme, quelque chose qui ne voulait pas dire son nom, montrer sa nature.

 

Les réveils de lendemain de cuite, c’était du passé. Heureusement. Là, c’était autre chose. Similaire et différent. Si différent.

 

Il se sentait en feu…  abasourdi…. et frustré.

 

Une image lui vint à l’esprit.

 

Il y a, au Vatican, une fresque de Michel Ange, appelée en français : « La création d’Adam ». Le doigt de Dieu touche presque le doigt de l’Homme… Presque…

 

C’est ce que “lui” et “elle” avait vécu. “Eux”, la combinaison mâle et femelle étaient devenu l’ “ Homme”, l’être humain accompli. Ils s’étaient approché de Dieu, l’avait vu, mais ne s’étaient pas dissout   dans l’absolu. Ils avaient été au bord de l’extase.

 

C’était donc cela que recherchait le bouddhisme tantrique et dont les Chrétiens avaient si peur.

 

Il réussit à ouvrit les yeux : Il gisait sur le sol en tatami, à côté de son futon. Les lieux étaient familiers, il était chez lui. Au loin il pouvait entendre les psalmodie des bonzes du temple d’à côté, récitations rythmées qui se mêlaient aux chants des cigales.

 

Elle était là. Elle dormait encore, couchée sur le côté. Il vit une goutte de sueur glisser de sa nuque. Un typhon s’approchait et l’air était saturé d’humidité. Il retira le drap qui lui couvrait les épaules. Elle avait un gros grain de beauté au milieu du dos.

 

Il essaya de se rappeler de ce qui s’était passé. Il fallait remettre les pièces du puzzle ensemble. Il se souvenait du train à la sortie de l’aéroport, du baiser, et de l’arrivée à la maison qu’il louait au bord de l’océan Pacifique.

 

Elle avait été surprise, bien sûr.  La seule chose qu’elle connaissait du Japon, c’était l’Hôtel Impérial, Ginza ( le quartier chic) et Kasumigaseki ( le quartier des affaires).  Mais en fait la véritable avait été pour lui, Stéphane.

 

Il avait fait coulisser la porte d’entrée de la maison. Il était entré avant elle car elle n’avait jamais vu l’intérieur d’une maison japonaise. Il lui avait pris les bagages des mains, les avaient posés sur la très grande marche intérieure et avait retiré ses chaussures. Elle l’avait regardé faire, le sourcil levé, puis avait décidé que, puisqu’à Rome on faisait comme les Romains, elle allait, elle aussi, retirer ses chaussures, chose qu’on ne fait jamais à l’Imperial Hotel.

 

Il avait alors ouvert la porte de la pièce principale. Comme dans toutes les maisons de style traditionnel, c’était une pièce au sol en tatami et avec aucun meuble si ce n’est une petite table rectangulaire en son milieu, entourée de quatre large coussins. Il s’attendait à ce qu’elle dise :”It’s cute”. Les femmes américaines adorent le mot “cute” (mignon).

 

-         Je connais cet endroit! Dit-elle, qu’est-ce que c’est?

 

Qu’est-ce qu’elle voulait dire par ce “ je connais cet endroit”. Comment était-ce possible? Lui qui voulait l’impressionner, c’était raté! C’est tout ce qu’elle pouvait faire comme commentaire?  Est-ce qu’elle savait combien de Gaïjin avaient une maison comme ça. Elle n’avait pas l’air de se rendre compte que c’était très rare pour un touriste de se retrouver dans un endroit comme ça! Elle aurait pu montrer un peu plus d’appréciation.

 

Elle avait les yeux fixés sur un tableau pendu au mur de l’entrée ou elle se tenait encore. L’air troublé, elle s’en était approché, avait observé, changé d’angle,  pris du recul,  puis s’était  retournée vers lui, muette, le regard inquisiteur.

 

C’était un « Buffet », un tableau qu’il avait acheté en France il y avait longtemps. Cela l’aidait à se sentir plus triste quand il avait le cafard, lui avait-il expliqué, dans un sourire.

 

Mais cela ne la fit pas sourire. Alors il continua à parler car elle semblait vraiment mal à l’aise : Bien sûr il avait fait cet achat quand il buvait encore. Les alcooliques sont attirés par les œuvres d’alcooliques, quoi de plus naturel ? Quand il était arrivé ici, il l’avait accroché au mur de l’entrée et n’y avait plus jamais touché. Il devrait le retirer, oui, il s’en rendait compte. Ce tableau était vraiment déprimant, mais il s’y était habitué. Si elle le souhaitait il pouvait le retirer immédiatement, s’il n’y avait que ça pour lui faisait plaisir ( Les femmes, je vous jure…).

 

Oh ! Ce que cela représentait? La Rochelle !  Un vieux port de l’Atlantique. C’était un endroit extraordinaire entouré d’énormes fortifications. Ce qu’elle voyait là, devant elle, c’était les deux tours qui gardaient l’entrée du port. De nombreux navires étaient passés entre ces fameux gardiens de pierre, venant de tous les endroits du globe. Cette entrée fortifiée avait vu de nombreuses batailles aussi, entre Protestants et Catholiques au XVI et XVII° siècle. La ville avait été aussi une des bases principales du commerce triangulaire pour fournir l’Amérique en esclaves…  Mais comme elle vivait maintenant du tourisme, on évitait le sujet.

 

Elle n’écoutait pas…  Elle était autre part.

 

Pourtant, il continua de parler. Il ne voyait pas ce qu’il pouvait faire d’autre. Il était assez désarçonné par sa réaction.

 

De nombreuses personnes étaient passées entre ces deux tours pour recommencer une nouvelle vie dans le nouveau monde. La Louisiane notamment ! Peut-être que parmi ses ancêtres…

 

A ces mots, elle eut une secousse !  Il n’aurait pas dû dire ça. Pourquoi ? Il n’en avait pas la moindre idée, mais cela avait l’air d’être un sujet tabou. Un changement de tactique s’imposait.

 

… OK, elle avait raison : c’était un tableau très déprimant. Le artiste qui l’avait peint avait eu, lui aussi, de nombreux problèmes avec la bouteille. Tout comme sa femme d’ailleurs. Elle avait même écrit un livre à ce sujet – pas très bon à son avis. Il avait acheté la litho par solidarité alcoolique pour ainsi dire. On retrouvait dans ces dessins aigus et noirs l’angoisse même de celui qui est malade de l’âme. Ce tableau il l’avait aimé parce qu’il l’avait compris, et il l’avait compris parce qu’il avait au moins cette chose en commun avec Bernard Buffet.

 

Mais ce n’était pas tout. Il avait vécu pas très loin de cet endroit. Adolescent il allait y rêver : c’était la porte ouverte sur le monde extérieur. A dire vrai, ce qui lui plaisait vraiment, c’était la tristesse qui exsudait du lieu, l’atmosphère de séparation mélangée à l’idée de partir pour toujours. Oui, il le savait, c’était un peu malsain, mais s’il n’était pas un peu dingue, il ne serait pas là avec elle.

 

Son expression sur le visage n’avait toujours pas changée. Que faire ? On dit souvent qu’en amour la retraite est souvent une victoire. C’est ce qu’il allait faire : laisser tomber le sujet au lieu de s’escrimer à lui faire accepter quelque chose qui visiblement la dérangeait. Tout ce qu’il pourrait dire ou faire maintenant ne pourrait que contribuer à aggraver les choses. IL fallait faire diversion.

 

En fait, ce qu’il désirait le plus au monde, à l’instant même, c’était de faire l’amour avec elle, mais visiblement ce n’était pas le moment.

 

Il devint tout à coup très urgent d’aller faire des courses avant que la nuit ne tombe. Et puis d’abord, il n’y avait rien dans le frigo – ce qui était vrai – elle ne pouvait qu’être d’accord.

 

Elle le fut.

 

Habituée qu’elle était aux supermarchés de son pays, le petit magasin de campagne où il allait l’emmener ne pouvait être qu’une surprise pour elle. Il n’y avait rien qu’elle ne pouvait reconnaître. Même si elle avait été morte de faim, elle n’aurait pas su quoi acheter. Elle lui posa beaucoup de question sur telle ou telle chose et il lui répondit du mieux qu’il pu. Quand il ne savait pas, il inventait et elle ne le saurait jamais.  Il acheta deux ou trois trucs étranges, se demandant comment il allait bien pouvoir se débrouiller pour les faire cuire. Il ne savait même pas si cela avait besoin d’être cuit.

 

Quand il jugea que « Buffet » et décida de changer de magasin et se dirigea vers un petit self-service que l’on trouve partout au Japon sous le nom de « convenience store » Ici, au moins, elle reconnaîtrait la moitié des produits.

 

Après avoir fait les courses, ils allèrent marcher le long de la plage. Le coucher de soleil était glorieux, mais elle ne le regardait pas. Cette scène l’avait emmenée sur un autre océan, dans un autre port. Elle était retourné dans le tableau et il pouvait le sentir. Elle n’avait pas eu besoin de dire quoi que ce soit. Alors il passa à l’attaque :

- Allez, dis-moi, qu’est-ce qui ne va pas ?

- Rien, rien du tout ! Je rêvassais, c’est tout…  J’étais … autre part.

- A la Rochelle ?

 
Silence. Un long silence.
 

Elle enfonça encore plus ses mains dans les poches de son jean, prit une longue respiration, s’arrêta de marcher et se tourna vers lui. Elle esquissa un sourire mais rien de convainquant.

 

Les rêves, dit-elle, les rêves dont elle lui avait déjà parlé. Des cauchemars qui revenaient sans cesse, et le persistance de certaines images, toujours les mêmes, inlassablement les mêmes…  Ces deux tours, l’une à bâbord, l’autre à tribord… elle ne lui avait rien dit parce que,  parce que….  Parce qu’elle se sentait ridicule. Mais ces deux tours, elle les connaissait, elle les avaient vues dans ses songes, mais de l’autre côté, comme si elle venait de derrière le tableau, comme si elle quittait La Rochelle au lieu d’y entrer.

 

Qu’est-ce qu’il pouvait répondre à ça ? Rien !  Elle souffrait, et les gens qui souffrent, il faut les écouter, il faut « souffrit avec », ce qui est le sens étymologique de sympathie.

 

Elle se faisait des idées, c’était certain ! Même au Japon on trouve des photos et des dessins de ces tours partout. Buffet y est extrêmement populaire ! Et de plus l’Office du Tourisme avait beaucoup utilisés les croquis du peintre pour vanter la côte atlantique. On avait aussi tiré beaucoup de posters du vieux port rochelois. Elle ne pouvait pas ne pas avoir vu ces tours avant ! Mais ce n’était pas le moment de le lui dire. Elle n’était pas prête.

 

Elle était au bord des larmes. Il l’a prit dans ses bras et l’embrassa. Tout allait bien : ils étaient ensemble. Elle souffrait certainement du décalage horaire… De toute manière il était temps de rentrer à la maison, il faisait de plus en plus sombre. Les nuages se noircissaient. Un typhon était annoncé pour la nuit, ce n’était pas le moment de traîner.

 
 

***

 
 

Maintenant,  une extase plus tard, il était étendu de toute sa longueur sur les tatamis. Il connaissait la différence entre le sexe et l’amour, pour avoir eu trop de l’un et pas assez de l’autre. Mais ça ! Ça … c’était autre chose. Un autre monde, une autre dimension.

 

Il revenait, pour sûr, mais d’où ?

 

(A suivre)

 

Commentaires

MAGNIFIQUE .....on en reparlera....

Ecrit par : tinou | 18/01/2006

Envisages-tu de te faire publier?

Ecrit par : CCRIDER | 21/01/2006

Pas pour l'instant, mais cela fait partie de mes résolutions pour l'année 2006, mais les résolutions, hein?

Bon, je m'attaque à la suite, on va quitter le bassement réaliste, ou du moins on va soupoudrer d'un peu de fantastique.

Ecrit par : Zorglub | 26/01/2006

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