07/05/2006
Nouvelle : Si le grain ne meurt - politique fiction

SI LE GRAIN NE MEURT
La révolution patriotique avait besoin d’un martyr. Ce serait lui.
Ses idées étaient justes, il le savait, mais jamais il n’aurait le pouvoir, et cela aussi il le savait.
Philippe de Villiers aimait se comparer à Moïse qui avait amené ses troupes aux bords de la Terre Sainte, mais n’avait jamais pu y mettre les pieds. Yawhe l’avait puni car il avait douté. Lui, Philippe avait renié le don que Dieu lui avait donné : Le charisme ! Il avait servi deux maîtres à la fois, la passion et la raison. Son amour des rapports et des chiffres, inculqué à l’E.N.A, développé dans l’Administration, lui avait retiré tout sens de ce qui faisait vibrer un peuple. S’il savait parler à la raison, il ne savait insuffler la passion. Le peuple le boudait, les intellectuels le dédaignaient et même le petit Guillaume attendait l’âge pour pouvoir porter le surnom d’Iscariote.
Son père, résistant, était mort pour la France : il était hors de question qu’il le trahisse en faisant alliance avec le vieux lion borgne, grand prêtre de son propre culte. Ce père, mort dans la douleur, le poursuivait partout, l’obsédait et l’empêchait même de se perdre dans le néant quand il s’abandonnait dans les bras de sa maîtresse. Petit à petit, il en vint à comprendre que jamais il ne « tuerait le père », et que le seul endroit où il pourrait être son égal était la mort.
Pas le suicide, bien sûr, mais le don de soi. Offrir sa souffrance pour le bien de ses frères.
Comme Papa.
Philippe de Villiers avait un léger penchant messianique.
Un seul intellectuel lui apportait son soutien : Le sulfureux Maurice G Dantec !
Une rencontre fut organisée à Montréal lors d’un congrès pour le « Renouveau et le Redressement de la Francophonie face à la Mondialisation ».
Tout opposait les deux hommes, le chrétien par tradition familiale regardait le nouveau converti comme un aristocrate de l’industrie posait les yeux sur un nouveau riche du Nasdaq. Sous la table qui les séparait les mocassins bien lustrés de l’un juraient avec les Santiag graissées de l’autre. Pourtant, sur la table, un mot les réunissait : La lutte contre l’Islam, la « Reconquista ».
Maurice avait écouté Philippe. Il l’avait compris. Les scénarii tordus, c’était sa spécialité.
Ils établirent ensemble la base du schéma. Les détails seraient réglés par les meilleurs cascadeurs de France, ceux qui travaillaient au « Puy du Fou ». Pour son soutien et son rôle de garde-fou quand les choses seraient lancées, Maurice G Dantec ne demandait qu’une seule chose en échange : le poste de ministre de la Culture. Le personnage de Malraux l’avait toujours fait rêver.
- Attention, pour la suite, il faut un leader charismatique, au moins pour contrer le Borgne, surtout pour profiter de l’émotion que ton assassinat va créer. Et puis pas question d' attraper le tireur. Pas d’islamiste! A aucun prix! On entendrait les traditionnels : « pas d’amalgame ! ». Il faut rester dans le doute, comme pour Kennedy.
- Ce qui serait bien, ce serait le coup de la « révélation » un truc à la Saint Paul, mais en direct, avec yeux exorbités, pâleur, du sang et des larmes… puis la révélation. Si ça pouvait avoir un petit air mystique, ce serait encore mieux.
- Je vois…. Je crois que nous avons la personne qui nous faut. Et je crois que je peux la convaincre, je sais comment elle fonctionne, nous avons été à la même école.
- Qui ?
- Ségolène, Ségolène Royal. D’abord, c’est un nom prédestiné, elle a du charisme, elle est en tête des sondages, elle n’a aucun programme. Son atout c’est que c’est une femme, qu’elle est mère de quatre enfants, et a l’air proche des Français. En plus ce n’est pas mal pour contrer Lepen et Jeanne d’Arc, non ?
- Elle marcherait ? hmmm , oui, peut-être : Elle n’a aucune chance si elle passe devant les instances du parti socialiste, mais elle pourrait très bien se faire plébisciter , surtout avec une action d’éclat en direct.
- Et une révélation, n’oublie pas la révélation.
- Bien sûr, mais tu oublies un petit détail : elle socialiste… Tu crois qu’elle s'allierait avec quelqu’un dit « de droite ».
- C’est peut-être une socialiste, mais c’est surtout une énarque, et je sais comment ces gens-là fonctionnent. Son ambition est sans borne et elle bientôt coincée. Les éléphants ont aiguisé leurs défenses rien que pour elle. Ne t’inquiète pas, je saurais lui parler. Après tout qu’est-ce qu’on risque. Qui irait la croire si elle disait que de Villiers lui a proposé un marché à la « Marchand de Venise » ?
Quelques semaines plus tard, se retrouvaient sur un plateau télé plusieurs personnalités politiques. Le thème était : Est-ce que l’immigration doit être le seul thème de la campagne électorale. Autour de la table, il y avait, Philippe de Villiers, grand chantre de l’immigration zéro, son opposante principale Ségolène Royal, les écrivains Maurice G Dantec et Malek Chabel – on avait choisi celui-ci car il avait « mouché » l’exilé volontaire lors d’une représentation orchestrée par Thierry Ardisson. On voulait du beau spectacle. D’un autre côté, nul ne doutait que de Villiers n’arrêterait pas de se plonger dans ses chiffres alors que Ségolène, tout sourire et sûreté, le coincerait lors des nombreuses pauses et hésitations qu’il n’arrivait pas à extirper de ses diatribes apprises par cœur.
Comme la campagne n’avait pas officiellement commencé, les grosses pointures n’étaient pas sorties. L’UMP avait envoyé un troisième couteau, Renaud Donnedieu de Vabre, connu pour son excellent maniement de la langue de bois et des platitudes orbi et urbi.
De Villiers parlait de l’incompatibilité de l’Islam et de la République
Royal parlait humanisme, réformes et création d'emplois.
Dantec parlait sourates.
Chabel parlait d’Averoes.
Donnedieu de Vabre parlait de son épagneul, qui s’entendait très bien avec le chat du voisin.
Les deux écrivains avaient commencé à exposer, d’abord chacun son tour, et ensuite en même temps, des visions de l’histoire pour le moins différentes. L’agressivité étant montée, ils s’étaient envoyé ensuite, à la tête, leurs tirages respectifs : on tapait sous la ceinture !
A la surprise de tout le monde, de Villiers et Royale s’accordaient sur le fait qu’il fallait aider l’Afrique à se développer par ses propres moyens et qu’il fallait être très sévère avec les entreprises qui exploitaient les travailleurs clandestins.
De Vabre essayait de placer qu’avec Internet les compagnies pétrolières pourraient former les futurs cadres selon leurs besoins, sans qu’on ait besoin de les faire venir en France.
On allait aborder la régularisation des clandestins et le droit de vote des immigrés quand le coup de feu éclata.
Il n’y eu que confusion dans tout le studio, les cris fusaient de partout, les caméras pivotaient dans tous les sens : gros plan sur l’assistance, sur les visages surpris, sidérés et effrayés. Du très beau travail, surtout que les micros étaient saturés par les hurlements, glissements et chutes de corps. Quelques projos y mirent du leur, ce qui donna de très beaux effets pyrotechniques…
Mais trois cameras étaient restées fixées sur les intervenants – les cameramen s’étaient enfuis, effrayés. Leur peur serait un de ces petits cailloux qui changeraient le cours de l’histoire.
Une tache de sang avait éclaté au niveau du col de l’aristocrate. Son sourire s’était soudain crispé pour devenir rictus de douleur. Sa tête avait été rejetée en arrière. Dans un effort qui semblait surnaturel il s’était redressé pour finalement retomber, lentement, sur les genoux de Ségolène Royal.
A ce moment, elle n’était qu’une prétendante à la candidature du PS. La seconde qui suivit changea son destin : Ses yeux s’écarquillèrent sous la surprise, mais elle ne poussa pas un cri. Immédiatement elle plaqua sa main sur la tache de sang et y mit toute la pression qu’elle put. De son autre main elle souleva la tête du blessé, puis se pencha vers son oreille pour lui parler. Personne ne sut jamais ce qu’elle lui dit, mais la caméra montra très clairement que les lèvres de de Villiers remuaient : il lui murmurait quelque chose.
Dantec était rentré dans le champ de vision. Il avait sorti un couteau de sa botte, avait lacéré sa manche. Visiblement il voulait en faire un garrot, avant de s’apercevoir qu’un garrot au cou n’était pas la solution qui convenait. Il fit alors de son mieux pour que personne ne vienne bousculer le blessé, il écartait sans ménagement aucun toute personne qui aurait pu être un danger potentiel.
La scène dura plus d’une minute puis une équipe de pompiers vint, enfin, avec une civière. Avant qu’ils ne s’affairent pour transporter le corps, il y eu, en plein écran, une vision de Ségolène, le chemisier maculé de sang, la tête du blessé dans les mains, et levant au ciel un regard suppliant de souffrance et d’espoir.
Une nouvelle Madone était née.
La photo fit le tour du monde. Ségolène fut une star mondiale en même temps qu’elle disparut complètement de la scène publique. Tout ce que l’on savait, c’est qu’elle avait usé de toute son influence pour avoir une chambre d’infirmière pour elle et une pour Dantec. Les bruits disaient que, dès que le député fut déclaré hors de danger, les trois passaient tout leur temps ensemble.
Quelques temps plus tard, Ségolène Royal annonça sa démission du Parti Socialiste et la création avec Philippe de Villiers et Maurice Dantec d’un nouveau parti : « Patrie Fraternelle ».
Une semaine plus tard, elle demanda publiquement François Hollande en mariage !

xyzorglub@yahoo.fr ©
20:05 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note




Commentaires
C'est rigolo ton truc surtout l'usage des médias et les acteurs médiatique Je ne serais jamais royaliste na! fait chier le médiatiquement correct
Ecrit par : Bruno Q | 07/05/2006
Tu as raison : Ségolène n'a rien à faire au PS ! Pour le reste, notamment la description de l'émission télé et des différents intervenants (Dantec sortant son couteau !), c'est très bien vu. Un bon texte je trouve.
Maintenant, et ce n'est que mon avis, Villiers ne manque pas que de charisme...
Ecrit par : schleuder | 07/05/2006
Oui, c'est plutôt amusant cette politique-fiction. Très fiction mais amusante.
Inutile de tomber dans la vulgarité en traitant JMLP de "le borgne", laisse donc cela aux Ras l'Front crasseux, c'est de leur niveau.
Ca n'a rien à voir mais ton oeuvre favorite 2 est très bien.
Lepénistement tien.
Ecrit par : Olivier | 08/05/2006
Amusant, même si je suis un peu frustré par la fin.
Ecrit par : Pharamond | 08/05/2006
Ecrire un commentaire