07/02/2006
Nouvelles en cours : Attirances 7 (Nouveau)
Maintenant, une extase plus tard, il était étendu de toute sa longueur sur les tatamis. Il connaissait la différence entre le sexe et l’amour, pour avoir eu trop de l’un et pas assez de l’autre. Mais ça ! Ça … c’était autre chose. Un autre monde, une autre dimension.
Il revenait, pour sûr, mais d’où ?
(Suite ) --->
Il se tourna vers elle. Son regard fut captivé par la présence d’une marque qu’elle avait au milieu du dos. Comme une verrue qui aurait été écrasée… Cette tache avait de l’importance, elle lui rappelait quelque chose !
La cicatrice ! C’était cela, la cicatrice qu’elle avait sur la poitrine. Il se souvint : quand il l’avait vue, il avait été pris d’un frisson et une décharge de malaise s’était répandue dans l’intégrité de son corps. Elle était exactement au même endroit que la plaie béante qu’il avait vue dans ses cauchemars.
Joanna avait bien saisi que le frisson qui s’était emparé de lui n’avait rien à voir avec la passion physique. Elle lui avait pris le menton dans les mains et avait dit : « Oh ! ça ! … C’est juste une grosseur que mes parents ont fait enlever quand j’étais bébé. Embrasse-là, oui, comme ça…. Douuucement ! »
La poitrine était fort belle et fort douce, la nature prit le dessus et le trouble le dessous… Enfin, pour le moment !
Car en fait, comment savait-il qu’elle avait quelque chose sur la poitrine ? Il avait vu ce sein maintes fois dans ses rêves ; et toujours coupé, lacéré, saignant. Sa vision avait toujours, toujours, été associée à un sentiment très fort de douleur et de chagrin. Chose assez inhabituelle pour un sein.
N’était-ce pas les mots qu’elle avait utilisés pour parler de ses rêves, ses rêves à elle, au sujet de La Rochelle. Il n’avait prêté aucune attention à ce qu’elle lui avait dit sur la plage, mais peut-être qu’il aurait dû. Non, elle n’avait pas dit ça exactement, mais c’est ce que ça voulait dire. Ou alors est-ce qu’il projetait ses propres angoisses ? Ses propres démons ?
« Oh, bon, ça suffit ! se dit-il soudainement ! Je ne suis sûrement pas le premier à rêver d’une poitrine de femme. Et quelle poitrine ! Ca me change des tailles japonaises ! C’est peut-être tout simplement ça qui m’impressionne. L’inconscient a ses raisons que la raison ne connaît pas !…
Juste à ce moment, elle exhala un soupir, fort et puissant. Il se pencha au dessus de sa tête et vit bien qu’elle faisait le maximum d’efforts pour rester où elle était. Il l’embrassa sur la nuque. Le soupir se transforma en grognement. Elle revenait.., elle aussi…, elle revenait à la vie….
La vie ? C’était plus comme retourner dans la caverne de Platon après avoir connu l’autre monde, le « vrai monde ». Est-ce que comme lui, elle revenait vers un univers d’ombre et d’illusions ?
***
Dire qu’ils étaient troublés serait une douce litote, un « understatement » comme disent les anglo-saxon. Réaliser à un âge dit mûr que le sexe, l’amour et la spiritualité peuvent se mélanger est une raison suffisante pour éprouver une certaine déstabilisation.
Ils étaient très troublés.
Jamais auparavant ne s’étaient-ils sentis si proches de quelqu’un d’autre, jamais ils n’avaient eu tant en commun, n’avait partagés si profondément, si intensément : Le mélange de deux corps, de deux esprits, deux âmes, et, et, le « contact ». Cela avait été quasi-mystique.
- L enfant étoile de « 2001 », dit-elle.
- Oui, répondit-il, oui, mais sans drogue. Qu’est-ce que tu penses que ça veuille dire ?
- Je ne sais pas.
Elle remonta les draps pour couvrir sa poitrine. La cicatrice l’hypnotisait.
- Tu penses que nous sommes différents ? Spéciaux ?
- J’en ai bien peur. Nous sommes montés jusqu’au septième ciel tel que Saint Paul le décrivait… ou peut-être pas, peut-être que ce n’était que le sixième… L’expectase ? L’extase ? Très peu de personne sont arrivées jusque là. Quelques mystiques peut-être… Alors, oui, je pense que nous sommes différents, ou peut-être même « choisis ».
- Moi aussi je me sens spéciale et tu sais quoi ? D’un point de vue très pratique, c’est dangereux.
Disant cela, elle avait lâché la bordure du drap qui avait glissé et dévoilé à nouveau son sein. « Oh ! cette cicatrice ! Pourquoi donc est-ce que je la connais si bien ? ».
- Oui, c’est dangereux, reprit-elle ! Et tu le sais ! Ce sentiment d’être si « spécial », unique, ce savoir inné que personne ne pouvait nous comprendre, c’est ce qui nous a amené à la bouteille, à la gnole, l’Alcool avec un grand A comme dans : « Attention ! »
- Vraiment ? Je sais, c’est ce que le « Big Book * » nous dit. Mais si c’était vrai que nous sommes différents. Toute ma vie j’ai su que je n’étais pas comme les autres, que j’ étais fait pour de grandes choses. J’ai toujours su « qu’un jour » quelque chose arriverait. Et je crois bien que ce « un jour » c’est aujourd’hui… Mais je n’avais jamais imaginé que ce serait de cet ordre là, que ce serait comme ça !
Elle remonta le drap. Ce geste le mis mal à l’aise. Le sein, encore…
- Et alors ? Moi aussi, tu sais, comme tous ceux qui sont aux A.A. et comme tous ceux qui devraient y être. Comme ils disent dans les « meetings » : << Nous souffrons d’un sentiment létal de différence**>> mais la seule « grande chose » que nous ayons accompli a été de vider gallons sur gallons de « booze » - des tonneaux et des tonneaux de « petits verres ». Ca, pour sûr, aucun autre être humain normal n’aurait pu le faire.
- Ouais ! je sais, j’ai déjà entendu ça trop de fois... Mais juste l’idée d’être comme tout le monde suffit à me soulever l’estomac. Je n’ai jamais cru, et je ne crois toujours pas que cela s’applique à moi. Et soit un peu honnête avec toi ! Toi non plus, tu n’y as jamais cru. Tu as fait semblant d’y croire, dans les meetings…Comme les autres d’ailleurs… Ajouta-t-il dans un rictus.
Elle soupira ! Ce qu’il venait de dire, elle aurait pu le dire elle-même. Pendant combien d’années à Bâton Rouge, avait-elle joué le rôle de la princesse qui attendait le Prince Charmant. Dieu qu’elle l’avait attendu l’Homme qui du premier regard saurait combien elle était différente – en quoi, elle ne le savait pas trop.. – mais elle avait attendu. Et bu, et bu et bu. Et puis William était apparu. Difficile de l’appeler un prince charmant, mais c’était un poète, un rebelle sans cause, et ce serait elle qui serait sa muse. C’était aussi bien qu’une princesse, une muse. Après tout, dans la mythologie grecque, les muses étaient des déesse…
Faudrait un jour qu’elle parle de cet aspect de son passé à Stéphane.
Lui, Stéphane, continuait à discourir, sans avoir remarqué que Joanna s’était perdue dans son monde intérieur.
- « Rappelle-toi ! quand nous nous sommes rencontrés, nous avons immédiatement su que nous étions fait l’un pour l’autre ! Ce n’est pas rien ça ! et puis il y avait ces rêves, ces rêves qui revenaient toujours, ils ne voulaient rien dire, eux ? Tu savais quelque chose au sujet de La Rochelle, et je savais au sujet de ta cicatrice…. »
- La cicatrice ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Oh, ça !…
Elle rabaissa le drap et pointa du doigt la petite marque sur sa peau.
- Ca se voit à peine, et je t’ai déjà dit que…
- Oui, je sais, tu m’as déjà expliqué. Mais le fait est que je savais que tu avais cette marque. Tiens, il y a une chose que je voudrais savoir, est-ce que tu as rêvé d’une horloge ?
-…
- Est-ce que tu as rêvé d’une horloge ?
- Oui, maintenant que tu le dis, je m’en souviens : j’ai rêvé une très haute horloge, mais comment est-ce que tu sais ça ? Oh, Mon Dieu, serait-il possible que tu aies raison ? Oui, c’est vrai, c’est vrai, j’ai rêvé d’une horloge et les aiguille indiquent quelques minutes avant minuit. Je suis dans une chambre et tu es prêt moi dans un grand lit en bois et il y a quelque chose qui vient… quelque chose qui vient pour nous attraper, quelque chose qui nous veut du mal....
- Tu vois ce que je veux dire… J’ai vu la même chose… enfin je crois, mais dans mes rêves, il y a aussi la grande horloge, le lit au montants de bois, l’heure est minuit moins le quart, dans mon cas, et il y a ce truc dehors qui représente un danger ! Oui, moi aussi, j’ai vu ça !
Il sortit une cigarette de la poche de son pantalon qui gisait sur les tatamis, à portée de main. Il mis la clope à la bouche et ne s’embêta même pas de chercher un briquet ou un cendrier. Il était allongé, appuyé sur son coude gauche. Il la regarda, fixa son sein, la cicatrice, et timidement, avec une pointe de honte, il lui demanda :
- Tu crois en la réincarnation, les vies antérieures, et tout ce genre de truc ?
A peine eut-il prononcé ces mots, il fouilla à nouveau dans sa poche, en tira un briquet et alluma sa cigarette.
Elle prit une brosse à cheveux et commença à se la passer dans sa crinière. Ses mouvements étaient lents et sensuels.
- J’avais peur que tu me poses la question… J’y ai pensé.
En silence, elle repris le brossage des ses cheveux. L’humidité qui arrivait avec le typhon lui collait les cheveux sur le crâne. Elle ressemblait à un danseur argentin qui aurait trop mis de brillantine.
- Oui, j’ai toujours trouvé ça ridicule, mais quand tu as dit que, de La Rochelle, il y avait eu beaucoup de gens qui avaient déportés pour la Louisiane, quelque chose à cliqué dans ma tête : Je ne suis pas Cajun, ma famille ne vient pas du Canada. Ils ont été déportés de France. Du côté de ma mère, il y a une rumeur, ou plutôt une légende qui dit qu’une de nos aïeules est venue ici parce qu’elle avait été condamnée comme sorcière. C’était juste à l’époque où l’on avait arrêté de brûler les sorcières en France…
Les coups de brosse sur sa chevelure se faisaient de plus en plus forts et rapides.
Il commença à promener son regard, à la recherche d’un cendrier. Il regrettait d’avoir posé la question.
Silence ! Et le chants des cigales…
Finalement, elle dit :
- Tu as raison, il y a quelque chose de spécial. Des vies antérieures, le Karma ? je ne sais pas et je préfère ne pas savoir, mais tu as raison, il a y quelque chose.
- Et par dessus tout, il y a la nuit dernière.
- Oui ! La nuit dernière… Qu’est-ce que tout cela veut bien dire ?
- Je ne sais pas mais quelque chose va se passer. Il ne peut en être autrement…
Il allait prendre une autre cigarette, mais son paquet était vide. Il l’écrasa dans son poing et le lança à l’autre bout de la pièce.
- Il faut que j’aille acheter des cigarettes. Ça ne sert à rien de rester là, à se demander ce qui s’est passé, ce qui se passe et ce qui va se passer. Viens avec moi, il y a des cirés dans le « genkan », je veux dire l’entrée. On va marcher le long de la jetée. Un typhon, c’est grandiose, et ça vaut le coup d’être vu. On sera trempés comme des soupes, mais ça vaut le coup, et puis ça nous changera les idées. Allez ! On y va !
** : - « Terminal Uniqueness » est le terme employé par le Big Book _ Note de mauvaise traduction.
18:05 Publié dans Japon, Nouvelle en cours | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
18/01/2006
Nouvelles en cours = Attirances 6
Un grand merci à Tinou qui m'a poussé à continuer cette histoire.
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Elle leva le bras, lui posa la main derrière la nuque, captura ses yeux, ne les lâcha pas et attira son visage vers elle pour presser ses lèvres contre les siennes.
Suite ----->
***
Revenir à soi est une expérience très intéressante pour un ivrogne.
On commence la soirée normalement, par quelques verres. On a l’air décontracté avec les autres- s’il y en a – mais en fait, tout ce à quoi on prête attention est la lente descente du saint liquide le long de nos veines. D’abord la brûlure le long de l’œsophage, la chaleur dans le ventre, puis le lent engourdissement le long des membres. Cela détruit toutes les tensions, les inhibition, la douleur, et lentement on se sent mieux. Il y a même des fois où on se sent bien.
On prend alors quelques verres de plus – si on est bien élevé ; beaucoup plus si on l’est moins. On veut prolonger et augmenter le sentiment d’aise. Si on est pressé ou si on est avancé dans sa « carrière » d’alcoolo, on s’abreuve et s’apaise directement au goulot de la bouteille. Ce qu’il faut, c’est garder, préserver le moment sacré, les quelques secondes où tout était bien, merveilleux, exaltant, même le futur… Alors…
... Alors… de nulle part, de rien, du néant, on émerge des ténèbres et de la douleur. Ou est-ce de la douleur et des ténèbres ? Le cœur bat à grands coups puissants et rapides. Les flots de sang résonnent dans la tête et un étau resserre ses mâchoires autour du crâne.
Puis vient la soif ! Elle appelle, hurle, du tréfonds de chaque cellule du corps. On entre en manque de liquide. Pourtant il y a de la sueur et elle est froide ! Les tremblements s’installent.
Et c’est l’éclatement, l’explosion, la déflagration, assourdissante, torturante, tonitruante : « Qu’est-ce qu’il s’est passé la nuit dernière, qu’est-ce qu’il s’est passé ? Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que j’ai fait. Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire ?
Il « revenait »… à lui… peut-être… Son cœur battait fort. Pendant un court instant il ne sut plus où il était. LA question vint immédiatement : « qu’est-ce qui s’était passé ? qu’est-ce qu’il s’était encore passé ? » Il y avait de l’angoisse, de l’anxiété, mais seulement diffuse. C’était plus une question qu’une peur. Il portait en lui les restes d’étranges sentiments. Ça ressemblait à une gueule de bois, mais ce n’était pas une gueule bois. Ou plutôt si ! C’était une gueule de bois de l’âme, quelque chose qui ne voulait pas dire son nom, montrer sa nature.
Les réveils de lendemain de cuite, c’était du passé. Heureusement. Là, c’était autre chose. Similaire et différent. Si différent.
Il se sentait en feu… abasourdi…. et frustré.
Une image lui vint à l’esprit.
Il y a, au Vatican, une fresque de Michel Ange, appelée en français : « La création d’Adam ». Le doigt de Dieu touche presque le doigt de l’Homme… Presque…
C’est ce que “lui” et “elle” avait vécu. “Eux”, la combinaison mâle et femelle étaient devenu l’ “ Homme”, l’être humain accompli. Ils s’étaient approché de Dieu, l’avait vu, mais ne s’étaient pas dissout dans l’absolu. Ils avaient été au bord de l’extase.
C’était donc cela que recherchait le bouddhisme tantrique et dont les Chrétiens avaient si peur.
Il réussit à ouvrit les yeux : Il gisait sur le sol en tatami, à côté de son futon. Les lieux étaient familiers, il était chez lui. Au loin il pouvait entendre les psalmodie des bonzes du temple d’à côté, récitations rythmées qui se mêlaient aux chants des cigales.
Elle était là. Elle dormait encore, couchée sur le côté. Il vit une goutte de sueur glisser de sa nuque. Un typhon s’approchait et l’air était saturé d’humidité. Il retira le drap qui lui couvrait les épaules. Elle avait un gros grain de beauté au milieu du dos.
Il essaya de se rappeler de ce qui s’était passé. Il fallait remettre les pièces du puzzle ensemble. Il se souvenait du train à la sortie de l’aéroport, du baiser, et de l’arrivée à la maison qu’il louait au bord de l’océan Pacifique.
Elle avait été surprise, bien sûr. La seule chose qu’elle connaissait du Japon, c’était l’Hôtel Impérial, Ginza ( le quartier chic) et Kasumigaseki ( le quartier des affaires). Mais en fait la véritable avait été pour lui, Stéphane.
Il avait fait coulisser la porte d’entrée de la maison. Il était entré avant elle car elle n’avait jamais vu l’intérieur d’une maison japonaise. Il lui avait pris les bagages des mains, les avaient posés sur la très grande marche intérieure et avait retiré ses chaussures. Elle l’avait regardé faire, le sourcil levé, puis avait décidé que, puisqu’à Rome on faisait comme les Romains, elle allait, elle aussi, retirer ses chaussures, chose qu’on ne fait jamais à l’Imperial Hotel.
Il avait alors ouvert la porte de la pièce principale. Comme dans toutes les maisons de style traditionnel, c’était une pièce au sol en tatami et avec aucun meuble si ce n’est une petite table rectangulaire en son milieu, entourée de quatre large coussins. Il s’attendait à ce qu’elle dise :”It’s cute”. Les femmes américaines adorent le mot “cute” (mignon).
- Je connais cet endroit! Dit-elle, qu’est-ce que c’est?
Qu’est-ce qu’elle voulait dire par ce “ je connais cet endroit”. Comment était-ce possible? Lui qui voulait l’impressionner, c’était raté! C’est tout ce qu’elle pouvait faire comme commentaire? Est-ce qu’elle savait combien de Gaïjin avaient une maison comme ça. Elle n’avait pas l’air de se rendre compte que c’était très rare pour un touriste de se retrouver dans un endroit comme ça! Elle aurait pu montrer un peu plus d’appréciation.
Elle avait les yeux fixés sur un tableau pendu au mur de l’entrée ou elle se tenait encore. L’air troublé, elle s’en était approché, avait observé, changé d’angle, pris du recul, puis s’était retournée vers lui, muette, le regard inquisiteur.
C’était un « Buffet », un tableau qu’il avait acheté en France il y avait longtemps. Cela l’aidait à se sentir plus triste quand il avait le cafard, lui avait-il expliqué, dans un sourire.
Mais cela ne la fit pas sourire. Alors il continua à parler car elle semblait vraiment mal à l’aise : Bien sûr il avait fait cet achat quand il buvait encore. Les alcooliques sont attirés par les œuvres d’alcooliques, quoi de plus naturel ? Quand il était arrivé ici, il l’avait accroché au mur de l’entrée et n’y avait plus jamais touché. Il devrait le retirer, oui, il s’en rendait compte. Ce tableau était vraiment déprimant, mais il s’y était habitué. Si elle le souhaitait il pouvait le retirer immédiatement, s’il n’y avait que ça pour lui faisait plaisir ( Les femmes, je vous jure…).
Oh ! Ce que cela représentait? La Rochelle ! Un vieux port de l’Atlantique. C’était un endroit extraordinaire entouré d’énormes fortifications. Ce qu’elle voyait là, devant elle, c’était les deux tours qui gardaient l’entrée du port. De nombreux navires étaient passés entre ces fameux gardiens de pierre, venant de tous les endroits du globe. Cette entrée fortifiée avait vu de nombreuses batailles aussi, entre Protestants et Catholiques au XVI et XVII° siècle. La ville avait été aussi une des bases principales du commerce triangulaire pour fournir l’Amérique en esclaves… Mais comme elle vivait maintenant du tourisme, on évitait le sujet.
Elle n’écoutait pas… Elle était autre part.
Pourtant, il continua de parler. Il ne voyait pas ce qu’il pouvait faire d’autre. Il était assez désarçonné par sa réaction.
De nombreuses personnes étaient passées entre ces deux tours pour recommencer une nouvelle vie dans le nouveau monde. La Louisiane notamment ! Peut-être que parmi ses ancêtres…
A ces mots, elle eut une secousse ! Il n’aurait pas dû dire ça. Pourquoi ? Il n’en avait pas la moindre idée, mais cela avait l’air d’être un sujet tabou. Un changement de tactique s’imposait.
… OK, elle avait raison : c’était un tableau très déprimant. Le artiste qui l’avait peint avait eu, lui aussi, de nombreux problèmes avec la bouteille. Tout comme sa femme d’ailleurs. Elle avait même écrit un livre à ce sujet – pas très bon à son avis. Il avait acheté la litho par solidarité alcoolique pour ainsi dire. On retrouvait dans ces dessins aigus et noirs l’angoisse même de celui qui est malade de l’âme. Ce tableau il l’avait aimé parce qu’il l’avait compris, et il l’avait compris parce qu’il avait au moins cette chose en commun avec Bernard Buffet.
Mais ce n’était pas tout. Il avait vécu pas très loin de cet endroit. Adolescent il allait y rêver : c’était la porte ouverte sur le monde extérieur. A dire vrai, ce qui lui plaisait vraiment, c’était la tristesse qui exsudait du lieu, l’atmosphère de séparation mélangée à l’idée de partir pour toujours. Oui, il le savait, c’était un peu malsain, mais s’il n’était pas un peu dingue, il ne serait pas là avec elle.
Son expression sur le visage n’avait toujours pas changée. Que faire ? On dit souvent qu’en amour la retraite est souvent une victoire. C’est ce qu’il allait faire : laisser tomber le sujet au lieu de s’escrimer à lui faire accepter quelque chose qui visiblement la dérangeait. Tout ce qu’il pourrait dire ou faire maintenant ne pourrait que contribuer à aggraver les choses. IL fallait faire diversion.
En fait, ce qu’il désirait le plus au monde, à l’instant même, c’était de faire l’amour avec elle, mais visiblement ce n’était pas le moment.
Il devint tout à coup très urgent d’aller faire des courses avant que la nuit ne tombe. Et puis d’abord, il n’y avait rien dans le frigo – ce qui était vrai – elle ne pouvait qu’être d’accord.
Elle le fut.
Habituée qu’elle était aux supermarchés de son pays, le petit magasin de campagne où il allait l’emmener ne pouvait être qu’une surprise pour elle. Il n’y avait rien qu’elle ne pouvait reconnaître. Même si elle avait été morte de faim, elle n’aurait pas su quoi acheter. Elle lui posa beaucoup de question sur telle ou telle chose et il lui répondit du mieux qu’il pu. Quand il ne savait pas, il inventait et elle ne le saurait jamais. Il acheta deux ou trois trucs étranges, se demandant comment il allait bien pouvoir se débrouiller pour les faire cuire. Il ne savait même pas si cela avait besoin d’être cuit.
Quand il jugea que « Buffet » et décida de changer de magasin et se dirigea vers un petit self-service que l’on trouve partout au Japon sous le nom de « convenience store » Ici, au moins, elle reconnaîtrait la moitié des produits.
Après avoir fait les courses, ils allèrent marcher le long de la plage. Le coucher de soleil était glorieux, mais elle ne le regardait pas. Cette scène l’avait emmenée sur un autre océan, dans un autre port. Elle était retourné dans le tableau et il pouvait le sentir. Elle n’avait pas eu besoin de dire quoi que ce soit. Alors il passa à l’attaque :
- Allez, dis-moi, qu’est-ce qui ne va pas ?
- Rien, rien du tout ! Je rêvassais, c’est tout… J’étais … autre part.
- A la Rochelle ?
Silence. Un long silence.
Elle enfonça encore plus ses mains dans les poches de son jean, prit une longue respiration, s’arrêta de marcher et se tourna vers lui. Elle esquissa un sourire mais rien de convainquant.
Les rêves, dit-elle, les rêves dont elle lui avait déjà parlé. Des cauchemars qui revenaient sans cesse, et le persistance de certaines images, toujours les mêmes, inlassablement les mêmes… Ces deux tours, l’une à bâbord, l’autre à tribord… elle ne lui avait rien dit parce que, parce que…. Parce qu’elle se sentait ridicule. Mais ces deux tours, elle les connaissait, elle les avaient vues dans ses songes, mais de l’autre côté, comme si elle venait de derrière le tableau, comme si elle quittait La Rochelle au lieu d’y entrer.
Qu’est-ce qu’il pouvait répondre à ça ? Rien ! Elle souffrait, et les gens qui souffrent, il faut les écouter, il faut « souffrit avec », ce qui est le sens étymologique de sympathie.
Elle se faisait des idées, c’était certain ! Même au Japon on trouve des photos et des dessins de ces tours partout. Buffet y est extrêmement populaire ! Et de plus l’Office du Tourisme avait beaucoup utilisés les croquis du peintre pour vanter la côte atlantique. On avait aussi tiré beaucoup de posters du vieux port rochelois. Elle ne pouvait pas ne pas avoir vu ces tours avant ! Mais ce n’était pas le moment de le lui dire. Elle n’était pas prête.
Elle était au bord des larmes. Il l’a prit dans ses bras et l’embrassa. Tout allait bien : ils étaient ensemble. Elle souffrait certainement du décalage horaire… De toute manière il était temps de rentrer à la maison, il faisait de plus en plus sombre. Les nuages se noircissaient. Un typhon était annoncé pour la nuit, ce n’était pas le moment de traîner.
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Maintenant, une extase plus tard, il était étendu de toute sa longueur sur les tatamis. Il connaissait la différence entre le sexe et l’amour, pour avoir eu trop de l’un et pas assez de l’autre. Mais ça ! Ça … c’était autre chose. Un autre monde, une autre dimension.
Il revenait, pour sûr, mais d’où ?
(A suivre)
19:45 Publié dans Nouvelle en cours | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
07/11/2005
Nouvelle en cours (suite) = Attirances 5
Il aurait aimé faire la même chose : Envoyer un baiser à quelqu'un qu'il n'avait pas encore embrassé.
***
Suite ----->
Insensiblement, il disparut de la vie sociale de Tokyo. Ses nuits changèrent aussi. Tous les soirs, il souhaitait pouvoir contrôler ses rêves et tous les matins il était désolé de ne pas y être arrivé.
Les cauchemars revenaient toutes les nuits. Toujours les mêmes images : La poitrine de joanna saignait, elle souffrait. Elle était enchaînée et on l’emmenait loin de lui. On la lui prenait, et pour toujours.
Et puis il y avait cette horloge! Elle était immanquablement là, bloquée à minuit moins cinq. L’heure semblait chargée de menaces. Il y avait du danger! Pourquoi? Il n’en avait aucune idée!
Il rêvait aussi souvent de sa ville en France : La Rochelle... le vieux port et ses deux tours : La tour de Garde et la Tour des Quatre Sergents. Dans le temps, elles avaient protégé la ville. Maintenant elles marquaient l’appel vers le grand large.
Tout gosse, il avait l’habitude d’aller à l’ombre d’une des tours, une fois l’une, une fois l’autre, et il regardait les bateaux franchir la passe. Il espérait qu’un jour, il serait sur un de ces navires, et qu’il pourrait partir, lui aussi, un jour...
Ces deux tours éveillaient régulièrement en lui un sentiment de tristesse, mais une tristesse qu’il aimait, une douce amertume, une agréable mélancolie, mais dans ses cauchemars, elles n’étaient pas chargée de tendre nostalgie, mais plutôt d’un profond regret caressant les pleurs. C’était presque du désespoir, du désespoir mélangé de peur avec des pointes de frayeur. Et ça, il ne pouvait le comprendre car il avait toujours aimé ces tours.
Joanna, aussi, dans ses fax, avait mentionné des cauchemars. En fait, elle lui avait dit que depuis son retour sur sa terre natale, elle avait eu des problèmes de sommeil. Certainement le décalage horaire, pas de quoi s’inquiéter, avait-elle dit, mais ce qui la gênait le plus, c’est que quand elle arrivait à s’endormir, elle se reveillait en sursaut, le coeur battant à lui faire mal dans la poitrine : en fait c’était de mauvais rêves, mais au matin, elle ne se souvenait de rien. Il ne lui restait qu’une impression de peur et de chagrin. Et puis elle gardait le coeur serré jusqu’à ce que les préoccupations de la journée prennent le dessus. Oui! Le week-end c’était particulièrement pénible!
Cette concordance des rêves, à 10.000 miles de distance, le confirmait dans sa croyance qu’il y avait quelque chose de très spécial entre eux, que, en fait, il était destinés l’un à l’autre, et ce depuis le début (mais le début de quoi? Il n’osait quand même pas dire « de toute éternité).
A l’aune de cette certitude il revoyait ou récrivait toute leur histoire. Il avait été nécessaire qu’ils passent par toutes les épreuves qu’ils avaient traversées pour qu’ils puissent enfin se rencontrer. Le prix avait été élevé, très élevé, mais, bon dieu, cela valait le coup! Maintenant il avait ce qu’il avait toujours voulu : l’espoir!
Toute sa vie, il y avait eu un manque. Il avait toujours eu un trou, là, au milieu de lui-même, un trou qu’il avait essayer de combler avec tout ce qui lui était tombé sous la main. Et quoi que ce soit, ce n’était jamais assez. Il en voulait toujours plus! Plus!
Même les énormes quantité d’alcool qui s’était déversé à l’intérieur ne suffisaient pas. Pourtant, aux yeux des autres, c’était plus que trop. Cela l’avait presque tué!... Mais d’un seul coup, il avait arrêté. Un miracle! ...
Un miracle?
Pour une raison qu’il ne comprenait pas – mais maintenant il avait une petite idée sur ce que cette raison pouvait être – une force venant du tréfonds de lui-même n’avait pas voulu qu’il meurre : il avait arrêté de boire. Il avait nettoyé les ruines de son passé. Enfin, il avait découvert qui il était. En fait cela avait été à la fois pénible et intéressant... amusant même! Mais il avait commencé une nouvelle vie, bâtie sur de nouvelles bases.
Maintenant il avait une bonne vie, pas une vie fantastique, juste une bonne vie.
Mais ce n’était pas assez.
Là encore, il y avait quelque chose qui manquait.
Le trou était toujours là. Il n’était plus obligé de le remplir avec de l’alcool, il ne le voulait pas d’ailleurs, mais le trou était toujours là... Un immense sentiment de frustration.
Oui! Mais maintenant tout cela était fini. Il savait enfin ce qui manquait, ce qui avait manqué toutes ces années : Elle! Son âme soeur, celle sans qui il ne pourrait pas être entier.
La « Vraie Vie » allait enfin commencer.
***
Des deux côtés du Pacifique des amants reçurent leurs congés. Ils ne comprirent pas pourquoi. D'ailleurs ils ne pouvaient comprendre.
Vint l'été. Ils avaient des obligations familiales. Elle retourna à ses racines, en Louisiane, près de la Nouvelle Orléans. Elle avait besoin d'une retraite. Quelque chose, en elle, ne se sentait pas en place. Lui, il aurait beaucoup aimé la rejoindre, mais son propre frère allait se marier. La date de la cérémonie avait été spécialement choisie pour qu'il puisse venir. Ce serait en août, à la Rochelle. Tout le monde attendait sa venue : il ne pouvait se défausser.
L'ombilic électronique qui les reliait fut coupé : Pas de fax à portée de main dans le Saintonge, ni en Louisiane
Des cartes postales furent échangées : Elle devait se rendre à Tokyo en septembre. Elle pourrait prendre quelques jours de congés quand elle y serait. Est-ce qu'il pourrait ? ...
Il pourrait!
***
La nuit était noire, enceinte de la Lune quand son avion se posa : il l'attendait à l'aéroport de Narita.
Quand leurs yeux se rencontrèrent, à nouveau, après une si longue absence, la foule, tout autour d'eux, disparut et, à nouveau encore, ils furent seuls au milieu d'une forêt de gens.
Un observateur extérieur aurait eu la surprise de vois que, tout d'abord, ils se regardèrent, sans bouger, sans esquisser un sourire ou un quelconque geste de reconnaissance. Et puis, lentement, imperceptiblement ils glissèrent l'un vers l'autre. C'était comme si deux bulle de silence s'étaient jointe pour n'en former qu'une seule, plus grosse, dans laquelle ils se trouvaient bien, enfermés.
Tout autour d'eux les gens s'embrassaient, se prenaient dans les bras, riaient, pleuraient.
Eux restaient immobiles.
Ceux qui les entouraient avaient un passé : un mari, une femme, des parents, des enfants, des amis, des relations de travail.
Eux, n'avaient rien de cela, n'étaient rien de cela : ils étaient beaucoup plus, avaient beaucoup plus, mais ne savaient comment l'exprimer. Comment dire l'ineffable?
Ils se sont juste regardés... longtemps, puis ont souri.
Il la prit par la main, dit quelque chose qu'elle ne comprit pas, et se lassa entraîner. Ils se frayèrent un chemin parmi tous les voyageurs fatigués, lents, qui semblaient attendre on ne sait quoi. Ils prirent un ascenseur, des escaliers, des corridors, des couloirs, longs, et finalement se retrouvèrent sur le quai d'une gare.
Ils n'iraient pas à Tokyo. Tokyo était pour lui ce que Los Angeles était pour elle, un endroit où travailler, pas une place pour vivre.
Un train les emmena dans un petit village de pêcheurs sur la péninsule de Chiba. Il y possédait une maison et elle l'adorerait. Elle le regarda, cligna lentement des yeux, sourit, lui prit la main et lui dit : « J'ai toujours aimé la mer ».
Il le savait.
Oui, il le savait. Il connaissait beaucoup de choses à son sujet, et ce qu'il ne savait, il le devinait. C'était comme retrouver un vieil ami, perdu de vue depuis longtemps. On ne connaît pas sa vie, mais on le connaît. Et on est heureux d'être avec lui.
Là, sur le quai, en face d'elle, il était heureux. Tout était si simple. Il n'avait jamais ressenti cela avant. Il n'était pas excité, enthousiaste, joyeux, content ou satisfait. Non, il était heureux. Tout simplement heureux.
C'était une expérience nouvelle pour lui.
Dans le train, l'étrangeté de la situation commença à lui apparaître : Ils n'avaient parlé qu'une seule fois et tout le reste s'était passé au moyen d'une machine, un fax! Maintenant, ils étaient à côté l'un de l'autre. Ils allaient pouvoir reprendre la conversation qu'ils avaient commencé il y avait ... quatre mois!
- Quatre mois!
- Oui! Quatre mois!
- Tu es sûr?
- Oui, j'en suis sûr. Pourquoi?
- Je ne sais. Cela me semble à la fois plus court et plus long.
Il comprenait exactement ce qu'elle voulait dire car il ressentait la même chose. Il ne savait pas s'il s'agissait d'une éternité ou si la vie s'était écoulée sur un autre plan de réalité. C'était un peu comme quand il avait arrêté de boire. Il y avait la vie « avant » et la vie « après », et c'était deux mondes tout à fait différents.
De la même manière, c'était difficile de se rappeler ce que la vie avant elle avait été, même si elle n'avait pas encore vraiment commencé. Comment peut-on se souvenir d'une longue attente. C'était tout aussi difficile de se remémorer ce qu'avait été la vie avec la bouteille, longue période d'attente d'une vie meilleure.
Tout à coup, il réalisa qu'il ne l'avait jamais embrassée.
C'était embarrassant, pour dire le moins. La pensée le paralysa : Là, en face de lui, se trouvait une femme qui avait traversé le Pacifique pour le voir, et lui était en train de se poser de questions pour savoir quel serait le meilleur moment pour l'embrasser.
Il était encore plus gêné que quand il était ado. C'est vrai qu'à cette époque un pack de bières pouvait se révéler être d'une grande utilité. Mais là, il était désarmé. Rien pour l'aider. Il avait tellement peur de faire un « faux pas » qu'il ne pouvait pas faire le « premier pas ».
Elle le fixait. Lui, faisait des efforts pour ne pas porter son regard sur elle. Elle l'appela : « Stéphane... ». La voix était douce, presque faible. Il ne répondit pas, émit juste un distrait : « mmm? ».
Elle leva le bras, lui posa la main derrière la nuque, captura ses yeux, ne les lâcha pas et attira son visage vers elle et pressa ses lèvres contre les siennes.
(A suivre)
01:25 Publié dans Nouvelle en cours | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
15/10/2005
Nouvelle en cours (suite): Attirances 4
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FICHIER PRET. ENVOYER AU NUMERO?
01 310 ***.***
NAME?: Joanna Thibaudeau
PRESS THE ENTER KEY TO SEND.
Son doigt hésita une seconde puis plongea sur la touche ENTREE.
Bib bib, bib, le fax était parti.
***
Il était à la fois épuisé et excité. Mais il fallait se mettre au lit. Il s'allongea c'est avec une absence, un désir, et bizarrement, quelque chose d'inconnu qui lui était toutefois familier.
Il rêva d'elle, mais ce n'était le genre de rêve qu'il aurait souhaité.
Il s'était réveillé avec une érection. Normal! Pourtant il était extrêmement embarrassé. Pas pour des raisons morales qui d'ailleurs ne l'affectaient pas, mais pour ce qui paraissait en être la cause.
Son rêve ressemblait beaucoup à ces films pornos japonais que l'on appelait « Bondage », qui mettent en scène des filles ficelées, attachée, et surtout un savant mélange d'humiliation et de douleur.
Elle était là, enchaînée, à moitié nue et la poitrine sanglante. Il y avait de la peur et de l'effroi et de la peine. Dans son rêve il avait aussi vu une grande horloge qui indiquait cinq minutes avant minuit (les choses étranges arrivent toujours à minuit).
Ainsi, c'et avec des sentiments très mélangés qu'il s'était réveillé. Il était Heureux, mais triste et effrayé à la fois.
«- Bah! Un bon petit déjeuner allait remettre de l'ordre à tout ça, et tous les petis connards qui m'attendent à banque ne manqueront sûrement pas de me faire oublier ce mauvais départ.»
Il s'assit sur son futon et jeta un coup d'oeil au fax. Un long rubban en pendait. Il se leva d'un bon et arracha la longue feuille. Il retourna se coucher avec.
Il était dans son «lit» et Joanna était proche de lui.
Joanna THIBEDEAU
Cher Stéphane,
Je me sens vraiment stupide. Peut-être que, quand je ne comprends pas ce qui se passe, je devrais juste demander. Au lieu de ça, je me raconte des histoires, et généralement elles ne sont pas très flatteuses pour moi et qui m' expliquent ce que je crois avoir vu. La nuit dernière, je me disais : « Il me trouve ennuyeuse. Je vais épuiser tout mon répertoire de conversation et il saura, alors, combien je suis une fille sans intérêt. » J'avais l'impression que t u voulais vraiment partir, mais que tu ne savais pas comment le faire sans me blesser.
C'est pourquoi c'est beaucoup plus facile pour moi de m'exprimer sur du papier. J'ai souvent du mal à m'exprimer face à une personne. Je ne sais pas... Peut-êttre que je suis timide aussi. Mais je me souviens quand je t'ai vu pour la première fois à ce meeting et que tu as attiré mon attention.
Est-ce que tu veux ré-essayer?
Peut-être as-tu d'autres plans, mais on pourriait prétendre tout recommencer à zéro en mars prochain.
Merci pour ta belle lettre. J'ai été très heureuse de la recevoir. Je pense à toi.
Bonne nuit et passe une bonne journée.
Joanna
Au bas du message, juste sous sa signature, elle avait posé, ou plutôt pressé l'empreinte de ses lèvres, qu'elle avait dû enduire auparavant d'une épaisse de rouge à lèvres. Il allait prendre le fax avec lui et en faire une copie au bureau - Le papier fax a une facheuse tendance à passer, surtout exposé à la lumière - et ce fax, il voulait le punaiser sur son mur. Il voulait le voir tous les matins à son réveil. C'était la seule «image» qu'il avait d'elle, les courbes gracieuses de son écriture lui rappeleraient la beauté de son langage, et ses lèvres imprimées l'accueilleraient quand il sortirait de sa nuit.
Peut-être que tous les jours seraient alors comme aujourd'hui l'avait été : Le ciel était plus bleu, l'air plus pur et moins de Japonais dans le train. Peut-être qu'il était seul, mais il ne se sentait plus solitaire, esseulé. Fini les heures supplémentaires qui l'emmenaient juqu'à la nuit. Plus besoin de meubler ce grand vide qu'était la solitude. Ce soir, il voulait rentrer de bonne heure à la maison, s'enfermer dans sa forteresse, et lui écrire. C'est tout ce qu'il désirait : Ce serait une excellente soirée.
Et merde! C'était le dernier jour des «orfèvres» à Tokyo et ils l'avaient invité à dinner. Grâce à lui et à l'interprête qu'il leur avait fourni, ils avaient établi d'excellents contacts dans le monde de la bijouterie de Tokyo. Ils voulaient le remercier et passer une bonne dernière soirée ensemble, entre Français, hein? Ils avaient réservé une table à l'hôtel Okura. Le rendez-vous était fixé à 19:00.
Sept heures! Cela ne lui permettait pas de «passer une soirée avec Joanna»! Ce n'était pas possible! Il téléphona donc à l'hôtel et laissa un message à ceux qui luil devaient tant et qui lui coûtaient tant!
Il dit qu'il avait eu un problème avec son imprimante. Un «toner» capricieux et indépendant que sa secrétaire n'avait pu changer. En fait elle n'était pas à blâmer, le truc était vraiment coincé et il s'était mis de l'encre partout, et de l'encre de très bonne qualité... il devait donc retourner chez lui pour se changer et mettre ses vêtements au «cleaning-ya-san», tout de suite, sinon son costume serait foutu - et c'est si difficile de trouver sa taille à Tokyo! Est-ce qu'ils ne pourraient pas se rencontrer plutôt vers 20:30? - « Oui, cela allait parfaitement!» répondirent-ils.
Il raccroche, court vers le metro. Dans le wagon, surbondé, il trépigne : tout cela ne va pas assez vite. Enfin sa station : il se catapulte vers la sortie et court à son appartement. Pas le temps d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur. Il se faitles escaliers à la hussarde . Ses mains tremblent quand il veut metre sa clef plate dans la serrure. Ça l'énerve! Mais enfin il y arrive.
Il ne retire même pas ses chaussures en entrant. Il se précipite vers son ordinateur, presse le bouton «on» : La machine se met en branle. De drôles de bruits émergent de ses entrailles. D'habitude ça l'amuse, mais là, pas du tout. Il faut qu'il s'occupe, qu'il fasse quelque chose. Il jette un coup d'oeil sur le fax qui traîne sur le plancher, et là, il voit l'empreinte des lèvres. Un baiser qu'elle avait fait à Los Angeles et qui lui était arrivé à Tokyo.
Il prend ce fax et le punaise au dessus de son moniteur. Celui maintenant est allumé, les programmes sont en attente. Il lance le traitement de texte couplé au fax modem.
Joanna,
J'ai les yeux rivés sur tes lèvres et la tendresse qu'elles expriment est exactement ce dont j'ai besoin à ce moment précis. Pour cela je te dois un grand merci. Je dois dire également qu'en regardant ta bouche, j'essaye de deviner ce qu'est le reste de ton corps.
Je ne peux rester longtemps devant l'écran : je dois sortir pour voir une dernière fois mes amis joaillier, mais Dieu sait que ce n'est pas ce que j'ai envie de faire. Je veux tout juste rester à la maison, t'écrire, attendre l'heure de ton réveil et te l'envoyer juste à ce moment. Comme ça ce sera le bruit de mon fax qui te tirera des bras de Morphée - Dieu que je souhaiterais que ce soit les miens!
Je dois partir maintenant. Je te «parlerai» plus tard.
Cela me fait très plaisir d'avoir passé ce moment de soirée avec toi.
Stéphane.
Quelques petits coups supplémentaires sur des touches et le fax était parti. Bien sûr, il aurait pu écrire plus tard, il le savait - De toute manière, elle dormait maintenant, mais c'est ce qu'il voulait faire. Illogique mais indispensable.
Il était en retard et il ne lui restait que peu de temps pour se rendre au rendez-vous. Mais il fallait rendre son histoire crédible. Il ouvrit son tiroir, et pris son stylo plume - un cadeau que sa mère lui avait fait pour son vingtième anniversaire. Qui se sert d'un stylo plume aujourd'hui, et surtout ici? Mais pour une fois il allait lui être utile. Il l'ouvrit et actionna la pompe de manière à se mettre de l'encre sur les mains. Tout le monde sait que l'encre d'imprimerie ne s'efface pas comme ça, et s'il s'était présenté devant ses amis avec des mains immaculées, cela aurait paru bizarre, et les gens qui travaillent dans le détails, dans le bijou finement travaillé, ont un sens aigu de l'observation.
Il prit ensuite une douche très rapide, se changea, et sortit. Il arrêta un des innombrables taxis qui sillonnent la ville et lui donna l'adresse de l'Hôtel Okura.
***
En fait la soirée fut assez agréable. Joanna était moins présente à son esprit. Mais quand même là, en arrière plan... enfin jusqu'à onze heures. Car à ce moment précis, il était sept heures là-bas ( du matin de la veille -- foutue ligne de changement de date!...). Elle était réveillée ou était en train de se réveiller. A ce moment, oui, vraiment, elle passa de l'arrière plan au tout premier.
Il dit à ses hôtes qu'il devait prendre le dernier train. Un peu plus tard, il serait quasiment impossible de trouver un taxi, ce qui était vrai, et ils le savaient aussi. Alors ils ne firent pas plus d'efforts pour le retenir que ne l'exigeait la politesse. On passa donc aux remerciements pour tout ce qu'il avait fait pour eux : "Mais non, mais non, c'est tout naturel, ça m'a fait plaisir". " Tu ne te rends pas compte, mais sans toi, nous n'aurions pas pu avoir tous ces rendez-vous, sans compter toutes les gaffes qu'on aurait fait! ". " Mais non, je vous le répère, si vous n'aviez pas été d'excellent professionnels, mes conseils n'auraient servi à rien". Etc...
- Bon, alors, au revoir! Et surtout quand tu passes en France, n'oublie pas de nous rendre visite. Nous avons une maison de campagne, nous n'y allons pas souvent, alors tu peux en profiter comme tu veux.
- Merci beaucoup! C'est très gentil de votre part. Je vous contacterai la prochaine fois que je rentrerai au pays. En fait cela me ferait plaisir. Je commence à être lassé d'avoir à passer mes vacances chez mes parents. ( Mais, bon dieu! Mais quand est-ce que ces palabres obligatoires vont enfin prendre fin. Avec les Japonais, tout ça c'est codifié, et on sait très bien quand le cirque va prendre fin, mais là, c'est autre chose. Il faut tirer à vue, et je me sens de plus en plus myope. Merde! Dire que je parle des miens...). Vraiment j'apprécie votre invitation, rien ne pourrait plus me faire plaisir, vraiment changer d'air, vraiment prendre des vacances, oui, cela serait bien! ( Bon sang! Elle va se réveiller bientôt! Aux chiottes leur putain de maison de campagne, si j'attends encore un peu, ils vont me parler du barbecue qu'ils ont fait construire avec des pierres du pays...) - Heu... Bon! Excusez-moi, mais il faut vraiment que j'y aille maintenant, sinon je vais rater le dernier train et vous savez aussi bien que moi, maintenant, qu'après ça on ne peut pas trouver de taxi pendant au moins deux heures. J'irai bien boire un dernier verre avec vous ( Tu parles!...) mais demain le boulot m'attend, et vous l'avion. Vous pourrez dormir dans l'avion, ça m'est un peu difficile à la banque. Allez, à bientôt, et merci beaucoup pour votre invitation. J'ai vraiment passé une très bonne soirée. Allez au revoir et à bientôt j'espère.
Une demi-heure plus tard, il était de nouveau au clavier à rêver. En fait il ne regardait même pas l'écran puisqu'il était éteint. Mais cela faisait une sorte de compagnie. Et puis, cela le reliait un peu à elle. Un peu... Il était dans la contemplation profonde de ses lèvres, punaisées au mu - un sourire avec rien autour, à la Lewis Caroll...
Il aurait aimé faire la même chose : Envoyer un baiser à quelqu'un qu'il n'avait pas encore embrassé.
***
A suivre ---->
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17/09/2005
Nouvelle : Attirances 3
Comment se fait-il que je savais qu'elle avait un grand de beauté sur son profil droit. Je l'ai su avant de le voir. Je l'ai su...
***
-----> suite
Mais quand Tristan bu son philtre avec Iseult, ils étaient seuls.
Ils n'avaient pas bu le puissant liquide ensemble, et maintenant, cet homme et cette femme, ils étaient seuls, au milieu d'une assemblée. Chacun à une extrémité de la pièce de réunion. Pour gagner la sortie, ils ont réussi à se retrouver cote à cote dans l'escalier. Celui-ci était étroit. Leurs manches se sont touchées et leur bras sentirent une brûlure sous l'étoffe.
Ils sortirent du bâtiment : Dehors était Tokyo!
Ils ont échangé quelques mots de politesse. Est-ce qu'elle se joindrait au groupe pour prendre une tasse de café. Ici, ils appelaient cela, le « meeting après le meeting ». Oui, bien sûr, avec plaisir! Cela ne se faisait pas aux USA.
Le « Coffee Shop » où ils avaient l'habitude de se rendre était dans une petite rue de l'autre côté de l'avenue...
Au début du passage clouté, il avait réussi à mentionner son ex-femme, et elle dit quelque chose au sujet de son ex-mari qui venait de se remarier.
Ils prirent leur café. Avec les autres. Mais doucement, ils se sont extraits du groupe. Ils parlèrent beaucoup, de tout et de rien, mais surtout de tout.
Le « Coffee Shop » allait fermer. Ils allèrent donc, seuls, dans un autre, puis encore en autre, plus tard. Ils suivaient les heures de fermeture des différents quartiers. Finalement il fut temps de partir, de se quitter. Des cartes de visite furent échangées. Doucement leur mains en profitèrent pour se toucher, pas pour s'effleurer. La brûlure revint. Leurs derniers sourires avaient des regrets...
Elle devait partir, elle avait un vol le lendemain : le travail!
IL fallait qu'il reste : le travail!
Il avait un fax à la maison. Si elle... Elle n'en avait pas, mais elle allait en acheter un. Elle en avait besoin pour le travail, vu le décalage horaire. Dès qu'elle serait arrivée elle ferait cet achat et lui donnerait son numéro.
Quelque chose en eux se déchira quand ils eurent à prendre deux taxis différents. La nuit se mourrait et c'était la pleine Lune de Mai.
* * *
Le lundi matin – c'était d'ailleurs le même jour, il se alla au travail comme un boeuf va à l'abattoir. C'était vraiment un lundi, mais ce lundi semblait encore plus être un lundi que tous les autres.
Au plein milieu de la journée, tout à coup, son coeur se contracta, violemment, longuement. La douleur était dans son côté gauche, oppressante : il jeta un coup d'oeil à sa montre. Il était 15.00 : son avion décollait pour Los Angeles.
La nuit qui suivit fut pleine de rêves, tout comme on dit de quelqu'un qu'il est « plein ».
Il la voyait et elle était attachée ou enchaînée. Il la regardait de loin, et elle s'éloignait. S'éloignait de lui. Le rêve semblait avoir multiplié la douleur qui était apparue quand il avait laissé le taxi l'avaler.
Il s'est réveillé, en sueurs, avec un goût de gueule de bois dans la bouche et l'image confuse d'un sein ensanglanté lui flottait dans la tête. Pour la première fois depuis des années, quatre pour être exact, il eut vraiment envie de boire. Seul un verre pouvait soulager cette somme de détresse et d'anxiété.
Il savait cela d'expérience.
Mais il savait aussi, par expérience, qu'il ne pouvait prendre un verre, en tout cas surtout pas « un » verre.
Il avait passé toutes ces années à aller à des « meetings », très souvent des meetings ou ils n'avait pas envie d'aller mais où il était allé de toute manière : ces meetings payaient leurs dividendes maintenant. L'alcool tuerait la douleur, mais le tuerait lui aussi, plus tard. Il ne serait pas capable de revenir, il ne serait pas capable de s'arrêter à nouveau.
Ça, il le savait : il avait vu trop de membres de A.A. qui croyaient être guéris après X années de sobriété. Et il avait pris leur premier verre. Le verre, ou plutôt la bouteille les avait repris plus tard. Peut-être pas sur le moment même, mais elle l'avait fait. Elle le faisait toujours.
« C'est une maladie patiente, rusée et déroutante » comme le disait le « Big Book » des Alcooliques Anonymes. Très peu de ceux qui était sortis « à l'extérieur » étaient revenus. Ils avaient alors entendu des histoires épouvantables. Des autres, ils n'avait plus jamais entendu parler, ni lui, ni les autres. Ils étaient « partis... »
Il ne prit pas ce verre.
Mais quelque chose était en train de lui arriver.
Jamais, oh grand jamais, même quand il avait perdu sa femme pour ce « connard », même quand il avait divorcé, et surtout quand il avait eu cette magnifique promotion (Une grande joie, un sentiment de victoire et d'exultation peuvent être beaucoup plus dangereux que le plus profond des chagrin : Arrosons ça!). Jamais, non jamais, il n'avait eu ce besoin de boire.
Oui, quelque chose de très bizarre était résolument en train de lui arriver.
D'une manière ou d'une autre il était connecté à cette femme. Au plus profond de lui même il le savait, mais sa raison ne pouvait l'accepter. C'était tout juste une chouette fille qu'il avait rencontré dimanche soir. Elle était mignonne, mais...
Mais... mais.... De toute manière ce matin, il était très content d'aller au travail, ce maitn, contrairement à la veille. Ce n'était pas bon pour lui de rester seul : Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie.
Il s'est jeté dans le travail et même ses collaborateurs japonais trouvaient qu'il en faisait « un peu » trop, ce qui, veut dire, en réalité qu'il en faisait beaucoup trop. (Le mot « un peu » a des connotations assez inhabituelles en langue nippone).
Après le boulot, selon la tradition japonaise il était sorti avec son « staff », son équipe, dans un « Nomyia – traduction littérale : endroit à boire » une espèce de taverne au décors Nippon où on peut manger une foultitude de petits plats et où la cuite est de rigueur. L'équipe avait besoin de relâcher la pression de la journée!..
Il ne but que du thé glacé pendant qu'il mangeait. Cela faisait longtemps que le personnel le laissait tranquille avec cette drôle de manie qu'il avait de ne pas boire d'alcool. Après tout, c'était un Gaïjin, et les Gaïjin sont des gens bizarres, tout le monde sait cela.
En fait la soirée fut assez agréable, contre toute attente, et il ne pensa presque pas à « elle » ou presque...
Quand il revint chez lui, il était si fatigué qu'il était prêt à s'écraser sur son « futon » (matelas posé à même le tatamis. Les lits n'existent pas au Japon). Mais tout à coup, quand il mit la lumière, il vit une longue bande de papier qui sortait de son fax.
C'était long et c'était écrit à la main.
Un fax d'ELLE?
Religieusement il coupa le ruban de papier. C'était en effet très long et il s'étalait jusque sur le tatamis. Il se mit à quatre pattes et commença à le lire, le coeur battant.
Joanna THIBEDEAU
310.***.****
Nuit de Lundi
(Cette journée va-t-elle enfin finir?)
... et oui, avec la ligne de changement de date, je suis partie lundi après-midi de Tokyo et je suis arrivée lundi matin à L.A.
Cher Stéphane,
Je t'avais dit que j'achèterai un fax quand j'arriverai à Los Angeles, et “Voilà!” C'est son baptême. J'espère que tu vas recevoir ceci. J'ai lu avec grand soin toutes les insturctions.
C'est toujours une très long vol pour le retour, mais j'ai réussi à rester éveillée tout le long. Il me faut encore rester en état de fontionner encore une heure ou deux et je serai alors de retour sur l'horaire normal d'un être humain de Los Angeles. Il est à peu près midi à Tokyo maintenant, mais c'est mardi. J'ai l'impression de marcher sur mes yeux, mais cela passera. Mais je n'ai pas à me plaindre par rapport aux gens qui devaient débarquer à Dallas ou Atlanta, ou Chicago, ou “Dieu sait où”. Certains d'entre eux viennent probablement tout juste de rentrer.
J'ai déjà repris une vie très “glamour” dans Cinémaville : Défaire mes paquets, faire la lessive, aller à la poste pour récupérer au moins un seau de courrier. Et puis, je suis allée au supermaché. Je me suis sentie comme dans une cathédrale. J'ai poussé mon chariot tout le long des allées, en montant et en descendant, mais j'étais plus fatiguée qu'affamée et j'ai juste fini par acheter un carton de jus d'orange. Pourtant l'étendue des possibilités était délicieuse comparée à Tolyo. Demain je devrais vraiment aller faire des courses car mon frère Myckey et sa fiancée arrivent et il n'y a rien à manger ici. Les placards sont vides. Mais je n'ai même pas la force de penser à ça maintenant.
Je ne sais pas comment décrire ce que c'est que d'être là. Il y a tellement d'anglais que j'ai l'impression d'étouffer après un mois passé au Japon – oui, vraiment domage que je ne t'aie rencontré que le dernier jour --
C'était un de ces jours extroridinairement ensoleillés comme on n'en a eu peu cet été. Les lignes des ombres étaient très distinctes sur la chaussée et les couleurs avaient toute l'air d'être plus délavées et pastel qu'à l'ordinaire. Quand je suis monté dans la voiture que j'avais laissée sur le parking de la Poste, le volant m'a presque brûlé les mains.
Merci d'avoir passé tant de temps avoir moi dimanche soir. C'était absolument délicieux de t'avoir rencontré.
J'avais peur que tu me trouve ennuyeuse. Je me disais : “ce gars est trop poli pour me le dire et il reste juste pour ne pas me faire plaisir, je suis la pauvre fille solitaire qui doit partir le lendemain... Il est fatigué, je le vois bien, mais il est timide et c'est pour ça qu'il ne me dira rien qui puisse me blesser.”
J'ai essayé de me relaxer parce que tu avais l'air un peu tendu. Mais tu sais ce que c'est. “On pense: il faut que je me relaxe, il faut que je me relaxe”et plus on se le dit, plus on se retrouve tendu... Alors vraiment, je suis désolée, mais laisse-moi t'assurer que j'ai passé une excellente soirée – nuit – avec toi. En fait cela fait bien longtemps que que j'ai pas autant apprécié la présence de quelqu'un.
Comment s'est passé ce lundi pour toi. Est-ce que tu as été capable d'aller au travail après si peu de sommeil. Je me suis senti assez coupable de te renvoyer dans ton monde comme un zombie, mais j'imagine que tu as survécu. Comment cela s'est-il passé avec monsieur le Bijoutier et ses essais de vente aux companies japonaises (Shiseido- je crois). Tout a été O.K? J'ai pensé à la manière dont tu manoeuvrais ta journée pendant que j'étais sur mon vol de retour à L.A.
Tu vas me manquer Stéphane.
J'aimerais être là, juste maintenant.
Joanna
PS : J'écoute maintenant le Requiem de Mozat. Lux Aeterna. C'est presque la fin.
IL avait un fax, il avait un fax d'elle.
Enfin quelque chose lui arrivait! Il avait tant attendu si longtemps pour un événement comme cela! Et c'était mieux que dans le plus fou de tous ses rêves. Il y avait quelque chose de très spécial là. La raison lui avait dit qu'il ne pouvait pas être amoureux (tomber-?- amoureux). Au temps pour la raison! ... Et aurait-il pu le savoir? Il n'avait jamais été amoureux. Il n'aurait pas su reconnaître le sentiment.
Ça ne pouvait pas être sexuel non plus : il était à Tokyo et elle était à Los Angeles.
C'était, en fait, une très bonne chose. Cela donnait un air de pureté à toute l'histoire.
Il avait l'impression que quelqu'un jouait au puching ball à l'intérieur de son coeur. Il marchait dans son appartement, tournait en rond, sautillait presque, changeait ceci ou cela de place. Il mit même de l'ordre sur son bureau!
Il était en train de ranger son bureau?! Les miracles arrivent donc!
Cela faisait trois semaines qu'il s'était promis de le faire.
Oh! Et puis merde avec le bureau! Et il remis ou plutôt ré-empila dans des cartons tous les papiers qu'il avait commencé à ranger. « ... plus tard... Plus tard ...»
Et il s'assit, se remit debout, se ré-assit, se coucha sur les tatamis, puis finalement opta pour la position allongée sur le dos, à fixer le néon circulaire du plafonnier.
La lumière venant du plafond n'avait pas le moindre scintillement, pas la moindre chaleur : C'était clair, c'était net, purement artificiel et parfaitement japonais. Dans toutes les maison il y avait le même tube rond.
« Je déteste ce truc, se mit-il à penser ; je déteste le néon, l'omniprésent néon. Un jour je le changerais... plus tard... plus tard... » Pour l'instant il s'agit de le regarder, de le fixer, de ne pas le quitter du regard, sans même un clignement, sans même un vacillement. C'est supposé être calmant. Okay, okay, on se calme, on se calme.... on seeee caaaaaaaaaalmmmmmeeeeeeeeeee!...
Il est très important de prendre une décision maintenant. «Pense, réfléchis, pense » disent les A.A. Ne prends jamais une décision sur une impulsion ou sous le coup d'un choc émotionnel.
Ils ont raison, absolument raison, pas de décision maintenant. Non, il fut se relaxer, se relaxer, se relaxer...relax.."
Et il a essayé... Pendant deux longues minutes... et puis...
- «Moo ya!» «Merde» et «what the fuck!» Il se dirigea vers son ordi et pressa le bouton «on».
L'écran vint à la vie. Il observa le programme se charger, toujours avec la même lenteur, tout en se disant « on ne calme, on se calme, on se calme...»
READY!
Ses doigts coururent sur le clavier. Litz n'aurait pas fait mieux.
F : file
O : open
Shoganai! Comme on dit par ici (en gros, « tant pis, à la grâce de dieu, on ne peut rien y faire, ou plutôt un joyeux mélange de ces trois expressions)
STEPHANE BRUMAN
03-****-****
mardi soir
Chère Joanna,
Revenir à la maison et trouver quelque chose à laquelle on ne s'attend pas, est une des plus douce chose qui soir. J'ai été absolument ravi quand j'ai trouvé ton fax.
Juste avant j'étais en train de me dire « peut-être que j'aurais un fax de Joana », mais j'avais repoussé l'idée. « Ce serait bien, mais ce serait impossible. Comment pourrait-elle avoir eu le temps d'acheter un fax, de l'installer et d'écrire? Après tout, elle n'est partie qu'hier!
Et tout à coup, je l'ai vu : un fax de toi! Rien n'aurait pu me faire plus plaisir.
Ce ruban de papier était juste comme une petite partie de toi à côté de moi. Une petite partie, mais plus qu'une petite partie : une pensée!
Depuis que je t'ai quittée, la vie a été un tantinet chaotique et c'est peut-être ce dont j'avais le plus besoin. Mais malgré cela j'ai pensé à toi quand j'étais dans le taxi, chez moi, entre deux coups de fil, j'ai pensé à toi quand je suis allé à la Banque, j'ai pensé à toi quand je suis entré dans les bureaux et j'ai pensé à toi quand j'ai demandé à l'O.L (Office Lady, en japonais) de ma passer les dossiers qu'ils étaient supposé avoir classifié pendant le week-end...
Quand elle m'a répondu que je ne lui avais jamais demandé cela, mais , qu'au contraire, c'est moi qui lui avais dit que je lui donnerais tous les dossiers et que je les classerais pendant le week-end, vu qu'il ne pouvait y avoir que moi pour réussir ce tour de force – classer mes papiers - . Là! Pour être honnête, je n'ai pas pensé à toi. J'ai pensé à la réponse que j'allais lui donner dans les deux secondes suivantes.
Le reste de la journée s'est assez bien passé. Au dîner j'ai dû retrouver le Bijoutier et sa compagne. Tous les deux étaient des amis à moi il y plus de 20 ans!
On s'est bien amusé en parlant du bon vieux temps. En fait, elle, est une ex-junkie, mais elle a arrêté. Je l'ai deviné rien qu'en regardant son visage et la manière qu'elle avait de ne pas fixer les petites cuillères dans les restaurants. Alors toutes les angoisses que j'avais sur les possibilités qu'il y avait qu'elle me fasse chanter sur mon passé se sont brusquement envolées. Elle ne m'aurait pas soutiré de l'argent, ni de la drogue – je suis complètement en dehors des réseaux – mais ils auraient pu me forcer à les aider dans leurs démarches commerciales d'une manière que je n'apprécie pas beaucoup... et que je n'aurais pas pu refuser.
Aujourd'hui a été assez difficile, donc dieu merci, j'ai été très occupé et ne pouvais passer mon temps à penser à toi, à me rendre malheureux, juste pour le plaisir d'être malheureux.
Maintenant je « suis » avec toi et je peux passer un peu de mon temps en ta compagnie. Je m'en sens plus que bien : heureux, c'est le mot, je me sens heureux. C'est un sentiment si rare, si raffiné, si unique, ce sentiment que tout va bien que toutes les choses sont où elles devraient être. Il y a quelque chose d'a-naturel à ce sujet : on a l'impression que tout a été planifié.
Il y a quatre ans, tu ne m'aurais pas parlé. Il y a dix ans peut-être, mais le « lendemain » je ne me serais souvenu de rien, et si par hasard un souvenir quelconque m'était resté, je crois que j'en aurais été honteux. Il y a de grandes chances pour qu'il en ait été de même pour toi. Mais toi, tu l'aurais joué « cool », tu aurais prétendu que rien de mal de s'était passé, tu aurais dit « bye bye » et très certainement, à partir de ce moment nous nous serions évité l'un l'autre, oppressé par un souvenir difficile... sauf si on avait eu une bouteille à partager.
Mais maintenant je me souviens. Et je suis très content de me souvenir. J'ai l'image d'une charmante et brillante jeune-femme avec laquelle j'ai beaucoup en commun. J'ai même le sentiment de te connaître depuis très longtemps et je me sens très à l'aise avec toi. Dimanche soir était une de ces soirées qui font penser que vraiment la sobriété a du bon.
Joanna, j'ai vraiment eu beaucoup de plaisir à être en ta compagnie.
Si tu étais tendue, ce n'est pas la peine de s'excuser. C'est plutôt à moi de m'excuser pour la manière dont je me suis comporté et qui t'a mise si mal à l'aise.
Tu vois, quand je suis en présence de quelqu'un envers qui je « lève les yeux » non seulement je deviens plus froid, mais je gèle... Depuis le premier jour où je t'ai vue, dans ce meeting, assise à la gauche de mon « parrain », j'ai su qu'il y avait quelque chose de très spécial à ton sujet. Tu m'as impressionné, tu m'as fasciné, tu m'as submergé, envoûté, et je ne ne peux croire que quelqu'un comme toi puisse avoir, de quelque manière que ce soir, le moindre intérêt pour moi.
Je me suis détesté dimanche soir. Une partie de moi voulait tant te prendre dans mes bras, mais l'autre partie me disait : « va-t-en, fuis! ».
Devine qui a gagné?
Tu m'as demandé si j'étais timide, et j'ai dit « oui ». Et bien, c'est ce que vous appelez, en anglais, un ''understatement''. Je suis absolument, désespérément, irrécupérablement timide quand je me trouve en face de personnes qui sont importante pour moi, qui m'impressionnent.
Alors j'espère que tu me pardonneras, et surtout ne te jette pas la pierre à toi-même.
Tu sais, j'aimerais énormément passer beaucoup de temps avec toi. Enfin... si tu es d'accord.
Tu as dit que tu serais de retour en mars. Mars me semble si loin. Je suis sûr que je pourrai trouver quelque chose de mieux. Quand on veut on peut. Et je veux!
Si tu trouve cette lettre ridicule, alors jette-la et n'en parlons plus, mais si ce n'est pas le cas,
Réponds-moi!
Ecris-moi!
Faxes-moi!
Très sincèrement, et je pèse mes mots.
Stéphane
Okay, c'était fait. Et maintenant?
Que faire?
Il posa un regard méditatif sur le long fax, son fax à elle, qui s'étendait sur le tatami.
Il le regarda.
Il le fixa.
Ses yeux étaient tellement focusé dessus qu'il ne le voyait plus. ..
alors :
P : print
Imprimante? Demanda la machine.
Fax Modem
FICHIER PRET. ENVOYER AU NUMERO?
01 310 ***.***
NAME?: Joanna Thibaudeau
PRESS THE ENTER KEY TO SEND.
Son doigt hésita une seconde puis plongea sur la touche ENTREE.
Bib bib, bib, le fax était parti.
***
-----> A suivre
12:05 Publié dans Japon, Nouvelle en cours, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
10/09/2005
Nouvelle : Attirances 2
Et quand, enfin, ils ont été fin prêts, ils se sont rencontrés.
***
A Tokyo dans un meeting des Alcooliques Anonymes.
***
-----> suite
Stéphane était arrivé en retard. Elle était à l'autre extrémité de la salle, juste à côté de Bob. Elle écoutait avec attention ce que son voisin avait à dire.
Stéphane ne fait même pas l'effort d'écouter Bob : il connaît Bob, et surtout son histoire, et même toutes ses versions. Par cœur !
Mais elle, il ne la connaît pas. C'était une « nouvelle » ou alors « un visiteur », un membre de la « confrérie », qui vient d'un autre quartier, d'une autre ville, ou d'un autre pays.
Ceux-là ne peuvent pas vivre sans leur quotidienne réunion A.A., sans l'entourage de leurs frères. Il y a « Le Programme » dont on parle toujours sans trop savoir ce que c'est, et surtout il y a la chaude ambiance des compagnons de misère. Ce sont les seuls qui peuvent comprendre ce que l'on a dans son passé et sur le cœur. Ce sont les seuls qui peuvent nous tenir écartés de la bouteille pas « dive » du tout. Le merveilleux poison qui nous rend la vie si belle et si impossible à vivre.
Le Docteur Bob, co-fondateur avec « Bill » des Alcooliques Anonymes avait dit : « Seul un alcoolique peut comprendre un autre alcoolique ». Pour tous ceux qui étaient dans cette salle, c'était la vérité pure, parole d'Evangile et même mieux ! C'était une citation du « Big Book », la Bible des alcoolos.
Alors, visiteuse ou nouvelle ? Une de ces âmes perdues qui ont tout essayé pour boire moins, boire normalement, sans avoir le « trou noir » à la fin, sans voir de dégoûts des autres, et pire, sans connaître le dégoût de soi.
Il n'avait jamais vu cette femme avant, mais... elle avait un air de ce que les Américains appellent un air de « déjà vu ». Peut-être quelqu'un qu'il avait rencontré lors de sa longue « carrière » de buveur invétéré. Si c'était le cas, il ne s'en souvenait pas, et il espérait qu'il en était de même pour elle. Si cela avait été le cas, que s'était-il passé?
Elle écoutait sagement ce que disait Bob. Ce qui l'intéressait n'était pas les frasques qu'il avait faites, mais plutôt le décors extérieur qu'avait été le Japon. Visiblement on ne buvait pas là de la même manière dont on buvait chez elle. Elle avait l'air émerveillée par le fait que tout ce qui se passait le soir, dans le pays Nippon, avait l'air d'être automatiquement pardonné. Quel beau pays(!), avait-elle l'air de se dire, tout en pensant qu'elle serait déjà morte si elle était venue là plus tôt.
Stéphane ne la voyait que de profil. Elle ressemblait vaguement à une fille qu'il avait rencontré en France. Heureusement que ce n'était pas cette fille-là, sinon, il aurait certainement pris une grande claque en public - Bah, les autres auraient compris : ils savaient ce que c'était. Il avaient appris « à la dure » qu'il n'y a pas de limite à ce que l'on peut faire quand on est sous 'l'influence'.
Pourtant, même si sa mémoire avait des trous, et des trous de plus en plus béants au fur et à mesure qu'il avait augmenté sa consommation, pourtant ce profil, il le connaissait!
Il avait rencontré tant de monde dans les bars. Et dans les bars on ne regarde que le profil de la fille aux côtés de laquelle on est. On est beaucoup plus absorbé par le contenu de son verre : combien de temps va-t-il durer et est-ce que la fille va lui en repayer un? (Un buveur est toujours fauché). On est trop occupé à prendre sa dose, à refaire chacun de son côté le monde, sans écouter l'autre bien sûr. Boire est une activité de solitaire, même si on le fait en compagnie. Un peu comme de se masturber en présence d'un être très désirable auquel on ne fait pas attention, en présence d'un être qui dérange.
Et puis de toute manière après avoir bu tout son soûl, comme on dit, il ne se souvenait plus de rien : il ne lui restait plus qu'une énorme angoisse. L'angoisse de ce qu'il avait bien pu faire la veille, et un dégoût d'égouts.
Pourtant, pourtant, il avait au fond de son cerveau des relents de souvenirs de son profil comme avant il avait des relents l'alcool dans son haleine.
Si c'était une « nouvelle », elle ne se souviendrait pas non plus. Mais ce n'était pas une « New Comer », elle avait l'air d'être en bonne santé. On n'a jamais vu de nouveau venu qui avait l'air d'aller bien. Sinon il ne serait pas là (si les autres croyaient qu'il était en forme, c'est qu'il l'était et il n'avait donc pas besoin de mettre un frein à sa consommation – logique pré-AA). En plus il ne se serait pas associé à des gens qui s'appelait sans aucune honte des alcooliques et avaient même l'air de le revendiquer.
La fille avait une peau très lisse et très blanche. Pas un seul bouton dessus, pas de rougeurs, marque caractéristique de l'abus de boisson. Ses cheveux étaient bien entretenus, lisses, châtains clair, et relativement raides. Rien à voir avec les innommables tignasses de ceux qui venaient pour la première fois. Le plus remarquable est qu'elle semblait avoir une attention très soutenue. Il suffisait de voir la manière dont elle fixait Bob et écoutait chacune de ses paroles.
D'habitude, les « nouveaux » partent quelque part... dans un monde intérieur, le seul supportable pour eux, ce qu'ils entendent autour de la table n'est pas fait pour les rassurer. Leur cerveau est à la vaine recherche de faits prouvant « qu'ils ne sont pas comme ces gens-là ».
C'était certainement une « visiteuse ».
De part sa position autour de la table, il ne pouvait la voir de face, et il en était fort frustré. Mais, Dieu, quel profil!
C'était celui d'une statue. Pas d'une statue grecque ou romaine : dieux ou déesses, ils étaient splendides avec leur corps parfaits, et majestueux de toute leur divine puissance...
Non, sa beauté à elle, ou ce qu'il pouvait en voir, avait des proportions plus humaines et plus de douceur dans l'impression qui se dégageait d'elle.
Plus qu'au Panthéon, c'était à la Cathédrale de Chartes qu'elle lui faisait penser : un petit nez droit, droit mais légèrement moqueur, un sourire discret, taquin et un menton fort, fier et décisif. Sa coupe de cheveux, elle aussi, semblait venir directement du Moyen-Age, une longue frange lui couvrait le front et le la pointe de ses cheveux semblait irrésistiblement attirés par son menton. Sur son autre profil, elle avait un grain de beauté.
Bob (Chicago Bob, à ne pas confondre avec « Translator Bob ») avait terminé son speech par les mots : « ... et tous les jours je prie de ne vivre qu' « un jour à la fois » et d'écouter ma « Puissance Supérieure ». Sans ces deux choses, il y a longtemps que je serais mort, ou en prison ou interné dans un hôpital psychiatrique. Et chaque soir je remercie « Dieu tel que je le comprends » pour ce nouveau jour de sobriété. Merci!
Bob avait maintenant fini et une femme leva la main.
- Hi! Mon nom est Jenny et je suis alcoolique
- Hi! Jenny! Reprit le groupe à l'unisson.
Cela faisait partie



